La Société Générale est prise dans le bourbier russe

le 16/05/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'arrestation du patron de sa filiale Rosbank constitue un nouveau revers pour le groupe dans le pays

Vladimir Golubkov, président du directoire de Rosbank.

La Russie ne tient décidemment pas ses promesses. Non seulement Rosbank peine à devenir un relais de croissance pour sa maison-mère, la Société Générale, mais son patron a été arrêté hier par la police russe. Vladimir Golubkov, président du directoire de Rosbank (photo), aurait été pris en flagrant délit de corruption. Le ministère russe de l’Intérieur le soupçonne d'avoir touché un pot-de-vin de 5 millions de roubles (123.000 euros environ) et d'avoir réclamé au total 1,5 million de dollars (1,2 million d’euros) en échange de l’octroi d’un prêt.

Vladimir Golubkov a été interpellé au siège de la banque. Une vidéo diffusée sur internet montre l’arrivée d’une unité spéciale de la police puis le patron de Rosbank, debout derrière son bureau jonché de liasses de billets. L’une de ses adjointes, également arrêtée, les aurait reçus en mains propres d’une entreprise automobile russe. Celle-ci aurait collaboré au coup de filet après avoir déjà versé 1,2 million de dollars de commissions.

«Il a été établi que le président du directoire réclamait 1,5 million de dollars au représentant d’une société commerciale pour prolonger son accord de crédit et pour conclure un nouvel accord avec un taux d’intérêt et des mensualités moins importants», indique le ministère de l’Intérieur russe dans un communiqué. Vladimir Golubkov était entré chez Rosbank en 1999. Il a gravi les échelons jusqu’à en prendre la tête en 2008.

Véridique ou coup monté, cette affaire intervient alors que les autorités russes ont engagé une lutte contre la corruption qui touche, pour la première fois, un dirigeant de banque. Elle tombe très mal pour la Société Générale qui a continué à miser sur le pays, malgré un climat incertain pour les affaires, après le départ d’autres groupes étrangers comme HSBC et Barclays. Rosbank a affirmé coopérer pleinement avec les autorités et a nommé un président par intérim, Igor Antonov, jusque-là premier vice-président de l’établissement. La Société Générale n’a fait pas de commentaires, une porte-parole soulignant simplement que seules deux personnes sont mises en cause et pas Rosbank elle-même.

La banque française commençait tout juste à tirer les fruits du plan de la restructuration de ses activités russes. L’an dernier, Rosbank a perdu 10% de ses effectifs, rationalisé son réseau et cédé ses activités biélorusses et de recouvrement. Cela a permis à la Société Générale de renouer avec les bénéfices dans le pays au premier trimestre 2013. Le résultat net de ses enseignes russes atteint 19 millions d’euros à fin mars, contre une perte de 20 millions d’euros un an plus tôt. Une goutte d’eau face au montant de 1,7 milliard d’euros investi entre 2006 et 2008 pour prendre le contrôle de Rosbank, que la Société Générale a déprécié à hauteur de 250 millions d’euros l’an dernier.

Elle avait pris 20% du capital de la banque russe en 2006, avant de lui apporter en 2011 ses filiales DeltaCrédit et Rusfinance, puis BSGV, son autre réseau russe. La banque de la Défense détient aujourd’hui 82,4% de Rosbank, le reste étant entre les mains d’actionnaires russes tels le conglomérat industriel Interros Holding et la banque VTB. Troisième établissement à capitaux privés par son réseau d’agences, Rosbank revendique la quatrième place du marché russe dans la banque de détail, loin derrière les géants publics Sberbank et VTB.

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