Crédit Agricole SA passe de lourdes dépréciations

le 01/02/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque va déprécier 2,68 milliards d'euros d'écarts d'acquisition au dernier trimestre 2012

Pour le Crédit Agricole, 2012 restera l’année où le groupe a purgé une décennie d’excès. CASA, le véhicule coté du groupe, va enregistrer dans ses comptes du quatrième trimestre 2012 pour 2,68 milliards de dépréciations d’écarts d’acquisition. Réuni hier après-midi, le conseil d’administration de la banque a aussi pris acte d’autres éléments exceptionnels sur la période. L’effet négatif sur le résultat net se monte au total à environ 3,8 milliards d’euros. Le groupe devrait donc publier une lourde perte annuelle le 20 février.

Les dépréciations de goodwill, nées de l'écart constaté entre la valeur au bilan et la valeur actualisée des activités concernées, touchent à hauteur de 466 millions d’euros la banque de financement et d’investissement, et à hauteur de 923 millions le crédit à la consommation. Crédit Agricole SA a aussi effacé 100% des survaleurs de son courtier Newedge, pour 366 millions. Enfin, la banque de proximité à l’international écope de 921 millions d’euros de dépréciations, pour l’essentiel en Italie (852 millions), le solde provenant de l’Egypte.

Par ailleurs, le groupe a déprécié la valeur de sa participation de 20,2 % dans le portugais BES, pour 267 millions d’euros. La réévaluation comptable de sa propre dette amputera le produit net bancaire de 850 millions pour un impact en résultat net d’environ 550 millions. La taxe exceptionnelle de 7% sur la réserve de capitalisation des assureurs coûtera 130 millions d’euros d’impôt de plus. Enfin, comme le groupe l’a annoncé la semaine dernière, la contribution des caisses régionales sur le trimestre sera réduite de 160 millions car ces dernières ont déprécié leur participation dans CASA à travers leur holding SAS La Boétie.

L’effet goodwill, qui fait écho aux dernières recommandations de l’Autorité européenne des marchés (Esma) sur le sujet, sanctionne la politique d’acquisitions au prix fortmenée jusqu’en 2007. Il traduit aussi l’environnement macroéconomique moins porteur et surtout des éléments techniques comme la hausse des exigences en capital réglementaires pour les activités concernées, qui en diminuent la valeur. Les 2,68 milliards d’euros de dépréciations n’auront pas d’effet sur lasolvabilité, les goodwills étant déjà déduits du calcul du capital réglementaire.

CASA était la banque «qui avait le plus d’écarts d’acquisition en pourcentage de ses fonds propres», relève un bon connaisseur du dossier. Après ces écritures, à fin 2012, son stock de goodwills atteindra encore 14 milliards d’euros environ. L’Italie en affiche 1,9 milliard et le crédit à la consommation 1,5 milliard. Mais le gros est concentré sur des activités – gestion d’actifs, assurance, banque privée et LCL – où la question ne se poserait pas. Après s’être déjà débarrassé du boulet grec Emporiki, qui a contribué à une perte nette de 2,5 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2012, CASA estime donc avoir fait tout le nécessaire.

Cette annonce pourrait donner un coup de projecteur sur les survaleurs des autres banques, notamment en France. La Société Générale, qui en concentrait 8 milliards fin 2011, a depuis déprécié des goodwills sur TCW (435 millions), Rosbank (200 millions) et va en faire autant sur Newedge (384 millions) au dernier trimestre. Chez BNP Paribas, les survaleurs s’élevaient à 11,2 milliards au 30 juin, dont un tiers chez BancWest, devant le crédit à la consommation (2 milliards) et BNL (plus de 1,6 milliard).Elles atteignaient 4,4 milliards chez BPCE au 30 septembre.

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