Citigroup veut inspirer de nouveau confiance

le 17/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'éviction de son patron Vikram Pandit survient après des mois de tensions avec les régulateurs et les investisseurs

Le cours de l'action Citigroup a été divisé par neuf sous Vikam Pandit. Illustration L'Agefi.

Citigroup change de capitaine au moment le plus inattendu. Son directeur général Vikram Pandit a quitté hier la troisième banque américaine avec effet immédiat, un jour après la publication de résultats trimestriels qui avaient pourtant été jugés de bonne qualité par les investisseurs. Son remplaçant, Michael Corbat, 52 ans, jusqu’à présent en charge des activités en Europe et au Moyen-Orient, aura à cœur de pacifier l’environnement du groupe après cinq ans d’une ère Pandit émaillée de conflits avec les autorités et les actionnaires.

Le directeur général adjoint John Havens, a lui aussi abandonné ses fonctions. Selon le Wall Street Journal, Vikram Pandit aurait été débarqué par son conseil d’administration en raison de divergences sur les résultats et la stratégie. La gestion du dossier MS Smith Barney a sans doute pesé dans la balance: la vente des parts de Citi dans le courtier constitué avec Morgan Stanley au plus fort de la crise, pendant l’ère Pandit, s’est traduite par une perte de 4,7 milliards. Des analystes liaient aussi son départ à l’arrivée, en avril, d’un nouveau président du conseil, Michael O’Neill, banquier expérimenté et au profil opérationnel.

La présence de Vikram Pandit chez Citi a été marquée dès ses débuts du sceau de la polémique. Le dirigeant s’est fait racheter son hedge fund Old Lane en 2007 pour 800 millions de dollars, empochant au passage 165 millions et devenant patron des investissements alternatifs de Citi. Le groupe a liquidé le fonds un an plus tard, quand Vikram Pandit avait déjà pris les rênes de la banque après l’éviction de Chuck Prince fin 2007.

L’ancien banquier de Morgan Stanley s’est efforcé durant cinq ans d’éviter à Citi de disparaître. Le groupe a été sauvé par l’Etat, a multiplié les cessions d’actifs, et s’est mis en mesure de profiter de la croissance de ses marchés à l’international. Avec un ratio de solvabilité estimé à 8,6% sous Bâle 3 à fin septembre, le pari semble en bonne voie de réussir.

Mais l’action a tout de même perdu 90% depuis l’entrée en fonctions du dirigeant, le 11 décembre 2007. Les relations avec le régulateur ont été conflictuelles. En mars, la Fed révélait que Citi avait échoué à ses tests de résistance, interdisant de fait au groupe de relever son dividende, une promesse de Vikram Pandit. Le mois suivant, les actionnaires de la banque rejetaient lors d’un vote consultatif le plan de rémunération des dirigeants, bien que le directeur général se soit contenté d’un salaire d’un dollar depuis 2009.

En écho à ces tensions, Sheila Bair, l’ex-patronne de la Federal Deposit Insurance Corp, s’est réjouie hier de ce départ. «Je m’interrogeais sur les qualifications de M. Pandit pour diriger la principale banque commerciale, car il n’a jamais été un banquier commercial, a-t-elle indiqué à Bloomberg. Durant mes échanges lors des initiatives de sauvetage public, je n’ai pas vu chez lui de bonnes capacités d’exécution ni d’accès à l’information, des choses basiques pour un dirigeant».

Avec ses trente ans de maison, dont une partie passée à restructurer les activités de crédit à la consommation et les activités non stratégiques logées dans Citi Holdings, Michael Corbat a un profil plus consensuel. Le nouveau patron a promis hier «des changements» dans les activités et l’organisation. Il devra prouver au marché que le paquebot Citigroup peut rester au-dessus de la ligne de flottaison.

Le cours de l'action Citigroup a été divisé par neuf sous Vikam Pandit. Illustration L'Agefi.
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Le cours de l'action Citigroup a été divisé par neuf sous Vikam Pandit. Illustration L'Agefi.

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