Groupama est contraint de durcir son régime

le 26/06/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré ses cessions d'actifs, S&P juge l'assureur trop peu capitalisé et le passe en catégorie spéculative

Le siège de Groupama. Photo: Pascal Sittler/REA

Le verdict est tombé. Après avoir reporté en mars sa décision, Standard & Poor's, qui avait déjà abaissé la note de crédit de Groupama de BBB à BBB- en décembre dernier, a renouvelé l’exercice. L'assureur voit ainsi sa note long terme abaissée de deux crans, à BB, et tombe en catégorie spéculative. S&P, qui a assorti les notes d’une perspective négative, n’exclut pas une nouvelle dégradation. La nouvelle a fait l'effet d'une douche froide hier au siège du groupe, qui espérait que le régime lancé cet automne suffirait à convaincre.

Les mesures prises par le groupe, que S&P juge positives, «ne devraient pas permettre à Groupama de retrouver des niveaux de fonds propres compatibles avec une note de catégorie investissement dans l’année qui vient», a expliqué l’agence de notation. Groupama a ainsi annoncé plusieurs cessions, la dernière en date étant celle de sa filiale espagnole à l’assureur espagnol Grupo Catalana Occidente. Valorisée 404,5 millions d’euros, cette vente devrait permettre à Groupama d’améliorer de dix points sa marge de solvabilité, qui s’établissait à 107% à fin 2011.

Auparavant, Groupama avait annoncé en juin la cession à Allianz de Gan Eurocourtage (hors activité transport), qui pâtissait de la note de l’assureur. La capacité de la branche transport à souscrire de nouvelles polices est en revanche pénalisée par cette dégradation. Groupama réalise aussi une belle plus-value sur un immeuble des Champs-Elysées, en passe d’être cédé pour environ 600 millions d’euros, selon des sources proches, contre un prix d’acquisition initial inférieur à 40 millions d’euros. Dans sa décision, S&P intègre également le projet de cession de la filiale britannique Groupama UK, qui tarde à aboutir.

Par ailleurs, S&P perçoit «un risque que les conditions de marchés défavorables, qui se sont détériorées depuis la dernière révision du 20 mars 2012, puissent contraindre les actions de la direction et réduire leur impact», ajoutant que Groupama conserve une «exposition significative aux actions et à la dette souveraine de l’Europe du Sud».

Lors de la présentation en mars dernier de ses résultats 2011, Groupama, qui a accusé l’an passé une perte de 1,8 milliard d’euros, avait annoncé avoir réduit sur un an son exposition aux actions de 15,9 à 12,8%. Le groupe avait indiqué se donner deux à trois ans pour porter la part actions de son portefeuille à 5%. A fin 2011, «l’exposition de Groupama aux PIIGS s’élevait à 436% des fonds propres, ce qui constitue l’un des records du secteur», relève un analyste. Dans un document diffusé en interne, dont L’Agefi a obtenu copie, Groupama indique faire «les frais du pessimisme de S&P sur la zone euro».

Aux yeux d’un autre analyste, «Groupama, dont l’échéance de la première émission obligataire importante est à horizon 2017, ne présente pas de problème de liquidité, mais plutôt un problème de solvabilité. Sans recapitalisation ni adossement, rendu difficile par une exposition aux PIIGS de 12,8 milliards d’euros, Groupama devrait être contraint de rester en catégorie high yield pour un certain temps». Dès lors, l'assureur pourrait être tenté d'accélérer son recentrage sur la France. Le diagnostic de S&P risque aussi de relancer, en interne, les rumeurs d'un plan de départ volontaire pour réduire les coûts, plan que Goupama a jusqu'à présent démenti.

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