La Société Générale cède du terrain

le 17/02/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque d'investissement n'est plus un relais de croissance. Les exceptionnels ont pesé

Comparaison n’est pas raison. Mais le fossé n’a cessé de se creuser entre la Société Générale et BNP Paribas ces dernières années. Alors que les deux banques étaient encore au coude à coude en 2005, la comparaison des résultats 2011 parle d’elle-même. Les revenus totaux publiés hier par la Société Générale (25,6 milliards d’euros, en baisse de 2,5%) dépassent de peu ceux des seuls réseaux de détail de sa rivale, gonflés par les acquisitions de l’italienne BNL et de Fortis Banque en Belgique et au Luxembourg en 2006 et 2008.

Alors que le renforcement de la solvabilité et l’amélioration de la liquidité de la Société Générale ont été salués par les investisseurs, ses comptes des métiers laissent un sentiment mitigé. Conséquence d’un été meurtrier sur les marchés, les éléments exceptionnels en brouillent l’appréciation. Ils font par exemple plonger le résultat net part du groupe au quatrième trimestre: la banque reste de peu dans le vert (100 millions d’euros), alors qu’elle affichait un bénéfice de 874 millions un an plus tôt.

Au titre des éléments non récurrents jouant en sa défaveur, la dépréciation de 75% des obligations souveraines grecques au quatrième trimestre, contre 60% au 30 septembre, a coûté 114 millions d’euros de bénéfice net, portant l’effet à 622 millions pour l’ensemble de l’exercice. En revanche, la réévaluation de la dette propre de la Société Générale a généré 459 millions d’euros de profits comptables.

Le pôle de banque de financement et d’investissement (BFI) est le plus lourdement touché. La cession d’actifs (dans le cadre du plan d’assainissement) a réduit son bénéfice de 176 millions d’euros et les CDO sur les actifs immobiliers titrisés américains de 310 millions. En conséquence, elle affiche une perte de 482 millions d’euros au quatrième trimestre. En outre, l’activité de ses métiers a souffert (-20% sur les taux, -43% sur les actions et -50% en financement et conseil). En revanche, sur l’année, le groupe parvient à limiter la casse dans ses activités de marché (-16% à 6,5 milliards).

Frédéric Oudéa, le PDG du groupe, l’a répété hier: la BFI ne sera plus en mesure d’être le moteur des revenus et de la rentabilité du groupe. «Nous ne sommes structurellement plus en mesure de générer 8 milliards de revenus par an dans le contexte actuel. Mais nous dimensionnons la banque pour qu’elle puisse bénéficier d’une reprise du marché à moyen terme et retrouver ces niveaux», indique le dirigeant.

Le relais de croissance repose plus que jamais sur la banque de détail. «Deux zones ont cru de 8 à 9% en 2011: l’Afrique et l’Europe centrale, où nous jouissons d’une croissance soutenue, à part en Roumanie. Notre effort en Russie sera amplifié», poursuit le PDG. Si dans l’ensemble les réseaux internationaux ont affiché une croissance de 3,4% des revenus au dernier trimestre (à 1,347 milliard d’euros), le résultat net a reculé de 28% (à 75 millions), en raison du quasi-triplement des pertes de la filiale grecque Geniki. La Russie, elle aussi en perte, ne sera pas le relais espéré avant plusieurs années.

Sans surprise, le RoE (rendement des fonds propres) de la Société Générale ressort ébranlé: 3,1% au dernier trimestre (contre 8,6% un an plus tôt) et 6% en 2011 (contre 9,8% en 2010). «Nous ne retrouverons pas notre moyenne de cycle avant 2014», précise Frédéric Oudéa.

Le fossé se creuse entre la Société Générale et BNP Paribas
ZOOM
Le fossé se creuse entre la Société Générale et BNP Paribas

A lire aussi