Le Livret A marche sur les plates-bandes de l'assurance-vie

le 24/01/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La collecte a atteint 17,4 milliards d'euros en 2011. Les assureurs ont fait le forcing pour que la rémunération n'augmente pas le 1er février

Entre deux diatribes contre la finance et les niches fiscales, François Hollande a fait dimanche une proposition surprenante: renforcer une niche emblématique, l’exonération de prélèvements sur les intérêts du Livret A. Le doublement du plafond du Livret (15.300 euros), proposé par le candidat socialiste à l’élection présidentielle, pourrait même favoriser les banques.

Le produit est déjà plébiscité. Avec 0,84 milliard d'euros engrangés en décembre, la collecte nette sur 2011 se monte à 17,38 milliards d’euros. Les encours du Livret A à fin décembre atteignent 216,9 milliards, et ceux du Livret de développement durable, 69,9 milliards. Soit 286,8 milliards, une croissance de 50 milliards en trois ans. Cette manne est centralisée à 65% environ au fonds d'épargne de la Caisse des dépôts. Celui-ci, qui disposait de 230 milliards de ressources au 30 juin, n'en prête que 55% pour le logement social et l’équipement (125 milliards, et 133 prévus fin 2011). Le reste est placé sur les marchés. Il n'a donc pas besoin dans l'immédiat d'un doublement du plafond du Livret A.

En revanche, «si le plafond est doublé, l’argent ira des contrats d’assurance vie vers le Livret A», estime Michel de la Bellière, associé chez Deloitte. Et les banques, qui conservent 35% de la ressource, gonfleraient leur épargne de bilan, à condition qu’elles ne perdent pas de flux sur d’autres produits bilantiels comme les comptes à terme.

Malgré son image populaire, le Livret A est aussi un instrument de défiscalisation prisé. Fin 2010, 19% des livrets étaient crédités de 77% des encours, et les 9% au plafond rassemblaient 40% de la ressource, selon l’Observatoire de l’épargne réglementée. Le taux de 2,25% net devient compétitif vis-à-vis de contrats d’assurance-vie en euros qui serviront en 2011 environ 3%, et qui supportent au minimum 21,5% de prélèvements sociaux et fiscaux.

Obligés par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) de limiter le rendement des contrats en euros, les assureurs ont fait le forcing pour que le taux de Livret A n’augmente pas en février malgré l’inflation. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a invoqué les circonstances exceptionnelles. «Il préside aussi l’ACP, ça aide», persifle un banquier. Une hausse aurait sans doute accéléré la décollecte subie par le secteur depuis septembre – même si, sur 11 mois, l’assurance vie a gagné 14,4 milliards en net. Les chiffres de l’année 2011 seront publiés jeudi.

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