Les banques françaises paient leur profil de risque

le 13/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'exposition à la dette souveraine n'explique qu'en partie le traitement qui leur est infligé

PERFORMANCES BOURSIERES BANCAIRES

Les banques françaises ont vécu hier une énième séance boursière mouvementée. Résultat : depuis début juillet, le plongeon atteint 51,3% pour BNP Paribas, 53,9% pour Crédit Agricole SA et 63% pour Société Générale. Parmi les représentantes de l’EuroStoxx 50 Banks, seule la grecque EFG Eurobank fait moins bien (-66,5%). Et l’écart avec les allemandes Deutsche Bank (-48,1%) ou Commerzbank (-49,9%) s’est creusé… Les cours sont proches des plus bas de 2008-2009, de même que les ratios sur actif comptable (0,28 par exemple pour SocGen).

Premier élément à mettre au passif des banques françaises: leur lourde exposition à la dette souveraine des pays dits périphériques, Grèce en tête. Au 8 septembre, Goldman Sachs estimait que les banques françaises portaient 9,9 milliards d’euros de titres grecs dans leurs livres contre 7,3 milliards pour leurs consœurs allemandes - Berlin a eu la bonne idée de créer des structures de défaisance pour soulager une partie du système bancaire.

Un fardeau évalué sans ménagement par les investisseurs. Selon Barclays, Crédit Agricole SA, BNP Paribas et la Société Générale s’échangent à des niveaux qui impliquent une perte de 100% sur leurs titres grecs, irlandais et portugais. Une sanction qui s’applique même aux portefeuilles de dette italienne et espagnole dans le cas de la Société Générale.

«Les décotes actuelles sont guidées par des préoccupations macroéconomiques beaucoup plus larges, et attribuer l’ensemble de la décote à un risque unique tel que le souverain est trop simpliste», prévient Jeremy Sigee, analyste chez BarCap. «Cela donne toutefois une idée de la sévérité avec laquelle les risques souverains sont intégrés à la valorisation des actions», souligne-t-il. BNP Paribas a traité l’ensemble de son exposition au risque grec avec un taux de dépréciation de 13%, tandis que Société Générale a retenu un taux de 21% et CASA de 20,5%, des taux voisins de ceux de leurs concurrents, à l'exception de RBS (50%). De même, les banques espagnoles, pourtant les plus exposées d'Europe à la dette des «PIIGS» (en raison de leurs Bonos espagnols), ont été relativement moins sanctionnées.

Au-delà de la dette souveraine, les questions de liquidité ont particulièrement affecté les trois groupes. «Il y a une crainte spécifique aux banques françaises, mais qui concerne aussi Deutsche Bank: le financement en dollars de leurs activités de banque de financement et d’investissement, plus compliqué avec le retrait progressif des fonds monétaires américains. C’était le thème de l’été», souligne Romain Burnand, président de la société de gestion Moneta AM. Deutsche Bank perd d’ailleurs 48% depuis le 1er juillet, et faisait pire que BNP Paribas jusqu’à vendredi dernier.

Toutes devises confondues, les banques françaises paraissent plus dépendantes que la moyenne aux ressources de marché – la rançon du poids de l’assurance vie dans l'épargne en France. Selon Barclays Capital, le financement à moins de 3 mois représentait entre 50% et 60% de leurs ressources de gros (dette et interbancaire), la Société Générale en tête. En valeur absolue, BNP Paribas et CASA affichent les plus fortes dettes à moins d’un an. Le poids du financement de gros à moins d’un an rapporté à leurs actifs les place aussi dans le quinté de tête en Europe. Une faiblesse relative qui explique aussi pourquoi le ratio de liquidité à un an proposé par le Comité de Bâle pénaliserait particulièrement les prêteurs français.

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