Les banques françaises doivent repenser le modèle économique du paiement

le 06/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La baisse des revenus liés aux cartes et aux incidents de paiement, qui compensaient la gratuité du chèque, apparaît inéluctable

En proposant mardi d’abaisser de 25% environ les commissions interbancaires de paiement (CIP) liées aux transactions par cartes, les banques françaises ont renoncé à livrer une bataille perdue d’avance. Sous la pression de Bruxelles et des autorités nationales, les commissions facturées aux clients resteront orientées à la baisse dans les années à venir. Au grand dam du GIE Cartes Bancaires, où l’on expliquait hier que «la sécurité des transactions et des clients a un prix, et la rémunération des banques doit être au moins équivalente au coûts de gestion du système». Rapporté au 1,5 milliard d’euros de CIP que les banques se versent entre elles chaque année, le manque à gagner peut être évalué à 375 millions. Ces commissions ne sont pas directement refacturées, mais conditionnent celles que le commerçant négocie avec sa banque.

Le dossier des cartes n'est qu'un élément de l'équation. L’amende de 385 millions d’euros infligée aux banques françaises fin 2010 sur les commissions interbancaires de traitement des chèques montre que le problème est plus vaste. «Le modèle économique des moyens de paiement est assez largement dépassé, souligne Régis Bouyala, associé du cabinet de conseil Eurogroup. La gratuité imposée du chèque en France a conduit à toute une série de facturations assez opaques sur les cartes et les incidents de paiement. La baisse de ces sources de revenus est inéluctable, sous la pression notamment des autorités européennes ».

La diminution, ou le plafonnement, des frais pour incidents de paiement a déjà été engagée l’an dernier, sous l’égide du Comité consultatif pour le secteur financier (CSSF). A l’inverse, on voit mal un gouvernement prendre la responsabilité de mettre fin à la délivrance gratuite des chéquiers, alors que les Français restent les premiers utilisateurs de chèques en Europe, selon un rapport commandé par le CSSF et remis à Bercy le 30 mars.

Pour Régis Bouyala, «les banques doivent éviter de livrer des combats d’arrière-garde et profiter de cette occasion pour réorienter leur modèle. Le paiement peut servir de pivot pour la vente de nouveaux services: des opérateurs non bancaires comme PayPal ou Google l’ont déjà compris». C’est aussi la démarche de Buyster, la solution de paiement sur internet lancée par Orange, SFR et Bouygues Telecom, qui vient d’obtenir son agrément d’établissement de paiement.

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