Le crédit immobilier inquiète la Banque de France

le 30/03/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Christian Noyer se préoccupe des faibles marges et juge les banques peu « raisonnables »

L’activité de crédit immobilier des banques suscite l’inquiétude de la Banque de France. Face à la remontée des taux, «la faiblesse des marges dans le crédit immobilier me préoccupe. Les banques, qui financent (principalement des crédits) à taux fixe, ne sont pas très raisonnables», a déclaré hier son gouverneur Christian Noyer. «S’il y a besoin de donner des orientations précises et impératives au secteur, je le ferai», a-t-il poursuivi, précisant que ce n’était pour le moment pas le cas.

Le secteur immobilier, notamment résidentiel, «appelle à l’attention, dans la mesure où il a connu une forte hausse des prix, à laquelle, au-delà des déséquilibres entre l’offre et la demande de logements, des taux de crédit particulièrement bas ne sont pas étrangers», s'est inquiété hier Christian Noyer, à l’occasion de la présentation du premier rapport d’activité de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), dont il est également président.

Selon l’observatoire du financement des marchés résidentiels, réalisé par le Crédit Logement et par l’institut CSA, les taux de crédit immobiliers ont atteint en novembre 2010 leur plus faible niveau moyen depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à 3,25%, et opèrent désormais une remontée. Ils s’élevaient à 3,53% en février 2011. Interrogée par L’Agefi, la Fédération bancaire française (FBF) n’a pas souhaité faire de commentaires.

Cette alerte mise à part, Christian Noyer a déclaré que la troisième vague de stress tests au niveau européen, devant débuter dans les prochains jours, ne devrait pas être problématique pour les banques françaises. «Je ne m’attends pas à des problèmes particuliers, d’autant plus que le niveau des fonds propres et les ratios se sont améliorés en 2010», a relevé le gouverneur. Le ratio tier one moyen des cinq principaux groupes bancaires français est ainsi passé de 10% à 10,6% l’an passé. Alors que quatre banques françaises, à savoir BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale et BPCE, avaient passé l’examen de la précédente vague de stress tests européens, «l’idée est de garder la même population que l’an passé», a indiqué Danièle Nouy, secrétaire générale de l’ACP. Le Crédit Mutuel ne serait dès lors pas concerné.

Dans la perspective de ces tests, dont les résultats sont attendus pour juin 2011, la France prône des critères stricts avec la prise en compte du ratio core tier one. «Nous soutenons une définition dure et homogène des critères», a poursuivi la secrétaire, à savoir «un ratio core tier one avec uniquement les meilleurs éléments des fonds propres». Christian Noyer a appelé les banques françaises à poursuivre le renforcement de leurs fonds propres et à privilégier une politique de dividende raisonnable. Concernant le futur cadre réglementaire Bale 3, le gouverneur a plaidé en faveur de modifications sur les ratios de liquidité devant être mis en place à compter de 2015. «Des calibrages doivent être rediscutés» durant la période d’observation, a-t-il indiqué.

Alors que des pays tels que la Suisse ont imposé à leurs banques des exigences plus strictes sur le plan national qu’au niveau européen, «il peut être justifié d’imposer des contraintes complémentaires», a indiqué Christian Noyer. Toutefois, «je considère que c’est le bon niveau» pour les banques françaises et qu’il n’y a «pas lieu d’aller au-delà», a-t-il ajouté.

A lire aussi