Les assureurs font face à un véritable casse-tête dans la gestion d'actifs

le 24/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Selon une étude de Swiss Re, les contraintes réglementaires vont les pousser à privilégier les actifs sûrs, dont les rendements sont historiquement bas

Les assureurs traversent un profond bouleversement dans la gestion d’actifs. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude de Swiss Re sur l’effet de la crise financière et de Solvabilité 2.

Selon ces chiffres, les assureurs géraient 23.000 milliards de dollars d’actifs fin 2009. Ils «placent la majorité de leurs actifs dans des emprunts d’Etats et des obligations d’entreprises de premier ordre», indique David Laster, co-auteur de l’étude.

Cette tendance devrait se renforcer dans la mesure où des normes comptables (en mark-to-market) et réglementaires plus strictes, ainsi que l’augmentation des exigences de fonds propres pour certaines classes d’actifs, poussent les assureurs à privilégier les actifs réputés sûrs. Or, explique Raymond Yeung, co-auteur de l’étude, «les rendements obligataires dans des pays refuge tels que l’Allemagne et les Etats-Unis sont à des plus bas historiques. [En outre] la vulnérabilité financière des obligations souveraines s’est accrue suite à la hausse de la dette nationale».

Limiter la marge de manœuvre des assureurs compromettrait la performance de leurs placements – pénalisant ainsi leurs clients. Selon Swiss Re, si les assureurs américains avaient dû allouer la moitié de leurs actifs à des bons du Trésor et l’autre à des emprunts d’Etat, les rendements auraient diminué de 1,5% par an entre 1991 et 2008. «Appliqué aux 23.000 milliards d’actifs d’assurance dans le monde, cette exigence coûterait au secteur plus de 1.000 milliards sur trois ans», illustre David Laster.

«La gestion d’actifs devient épouvantablement compliquée pour les assureurs, notamment pour ceux qui ont des soldes de collecte nets positifs à placer, confirme Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures. Un nombre croissant d’opérateurs adopte une stratégie pragmatique, qui implique de réaliser une partie des plus-values lorsque les occasions se présentent.» Certaines compagnies aux portefeuilles immobiliers traditionnellement importants se sont ainsi délestées de nombreux actifs cette année.

Face à ce casse-tête, les groupes modifient en effet leur stratégie, note l’étude: «Les assureurs gèrent de plus en plus leurs investissements en intégrant la survenue des crises à intervalles réguliers». Ils diversifient également leur allocation, en augmentant selon les cas la part consacrée aux pays émergents et aux matières premières.

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