Valentin Stalf, fondateur et PDG de N26

« Nous voulons être la première banque numérique d’Europe »

le 21/12/2017 L'AGEFI Hebdo

VALENTIN STALF, fondateur et PDG de N26, annonce pour 2018 des lancements en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ainsi que de nouveaux produits en France.

« Nous voulons être la première banque numérique d’Europe »
Valentin Stalf, fondateur et PDG de N26, annonce pour 2018 des lancements en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ainsi que de nouveaux produits en France.
(DR)

Quel bilan faites-vous de la première année de N26 en France ?

Notre offre a eu un succès bien plus important que prévu. La France est maintenant notre deuxième marché (avec plus de 100.000 clients, NDLR), après l’Allemagne. Notre croissance y est très rapide, notamment grâce au bouche-à-oreille. Face à des tarifs bancaires très élevés et à une expérience utilisateur pire qu’en Allemagne, notre offre attire grâce à l’ergonomie de l’application, notre tarification peu élevée et le hub bancaire que nous bâtissons pour offrir les meilleurs services financiers. En France, nous venons juste d’annoncer un partenariat avec Younited Credit. Notre philosophie est de travailler avec les meilleurs partenaires.

N26 est présente dans 17 pays. Quels nouveaux services allez-vous y lancer ?

Nous voulons être une banque à part entière, c’est-à-dire offrir des possibilités de crédit, d’épargne et d’investissement. Actuellement, nous internationalisons nos produits de crédit et nous allons faire de même avec les produits d’épargne et d’investissement. Cela va se traduire concrètement par la création d’un espace dédié dans la nouvelle version de l’application qui sortira l’année prochaine. Les options offertes dans cet espace seront différentes selon les pays, afin qu’un client puisse par exemple ouvrir un Livret A en France.

Visez-vous toujours les 18-35 ans ?

Notre cible est tout simplement les gens qui apprécient l’expérience numérique. C’est évidemment plus répandu chez les 18-35 ans qui ont grandi avec, mais il y a de plus de plus de personnes plus âgées qui sont adeptes du numérique.

A quand le million de clients ?

Aussi rapidement que possible. Nous enregistrons 2.000 nouveaux clients par jour. Notre but est d’avoir entre 3 et 5 millions de clients d’ici à deux ans. Mais ce n’est pas qu’une question de chiffres. La façon dont nos clients utilisent N26 est encore plus importante : ils ne se contentent pas de tester mais réalisent de plus en plus d’opérations. Nous estimons qu’un client restera avec nous en moyenne 15 ans.

Est-ce un défi d’intégrer rapidement autant de clients ?

Techniquement non car notre système est parfaitement extensible. Si un million de clients nous rejoignaient aujourd’hui, le plus difficile résiderait surtout dans la production des cartes bancaires et le développement de notre service client.

Quand prévoyez-vous que N26 soit rentable ?

Nous gagnons aujourd’hui de l’argent avec chacun de nos clients. Si nous le voulions, nous pourrions aisément être rentables d’ici à 2020. Mais étant donné les opportunités de croissance et nos estimations en termes de valeur client, il est plus intelligent de réinvestir tout ce que nous gagnons. Pour l’instant, nous privilégions la croissance à la rentabilité.

Quels sont vos coûts marketing ?

Depuis la création de N26, nous avons dépensé 5 millions d’euros et nous allons y dédier plus de 10 millions au cours des prochaines années. Notre offre conquiert rapidement nos clients ; la prochaine étape est de nous faire connaître, de bâtir une banque mobile paneuropéenne que tout le monde prenne en considération au moment d’ouvrir un compte bancaire.

Tirez-vous des revenus des données de transactions de vos clients ?

Non, nous ne vendons pas ces données. Elles nous servent à offrir une meilleure expérience utilisateur à nos clients — par exemple en proposant des produits d’épargne et d’investissement à quelqu’un qui a 50.000 euros sur son compte — et à réduire les fraudes, parce que tout est en temps réel. Je crois qu’aujourd’hui il est devenu impossible d’avoir un conseil personnalisé et de qualité en banque de détail à un prix attractif. C’est pourquoi nous allons de plus en plus utiliser l’intelligence artificielle pour que notre système comprenne la situation de chaque client et lui propose les solutions ou les produits les plus adaptés.

N26 se positionne-t-elle comme banque principale ?

Nous avons toujours voulu remplacer la banque traditionnelle. La majorité de nos clients nous utilisent aujourd’hui comme tel. Pour la plupart, ils avaient un autre compte bancaire avant et ils ne le ferment pas du jour au lendemain. Mais chaque mois, ils sont de plus en plus actifs chez nous. La question n’est pas tant de savoir si nos clients nous utilisent comme compte bancaire principal mais à partir de quand ils le font. C’est un cheminement qui peut prendre 4 mois, 12 mois ou plus.

Pourquoi avoir lancé une offre premium ?

Notre offre N26 Black a tellement de succès que nous avons décidé de l’affiner. Nous avons donc maintenant une offre gratuite, une offre premium (Black) et une offre super-premium (Metal). Avec cette dernière, nous voulons aller au-delà de la banque. Nous avons ainsi annoncé un partenariat avec WeWork, une société avec laquelle nous partageons les mêmes valeurs et dont les clients correspondent à notre cible : des personnes à l’aise dans le monde numérique, mobiles en Europe et dans le monde. Nous allons intégrer une nouvelle section « Metal » dans l’application, avec les partenariats spécifiques à cette offre mais aussi du contenu éditorial « lifestyle ». Nous voulons être la banque la plus cool et offrir les meilleurs produits, le tout à un prix raisonnable.

Est-ce compliqué de se lancer hors zone euro ?

Oui, c’est pourquoi nous n’étions pas présent au Royaume-Uni jusqu’ici. Au cours du dernier semestre, nos équipes ont travaillé sur l’adaptation de notre système à plusieurs devises. Tout sera prêt pour notre lancement outre-Manche au deuxième trimestre 2018. C’est l’un des plus grands marchés bancaires au monde, qui est monopolisé par quatre grandes banques traditionnelles. Nous y voyons de grandes opportunités.

Avez-vous trouvé un partenaire aux Etats-Unis ?

Nous sommes dans la phase finale des négociations avec trois partenaires potentiels. A terme, nous chercherons probablement à obtenir une licence américaine, mais pour l’instant nous nous concentrons sur le lancement de notre offre. Nous pensons que le marché américain est sous-développé en termes de banque mobile.

N26 a déjà levé plus de 55 millions de dollars auprès d’investisseurs tels qu’Horizons Ventures, Battery Ventures et Valar Ventures. Envisagez-vous une cotation ?

Il est certain que nous lèverons davantage de fonds en 2018. Nous sommes toujours en discussion avec des investisseurs. En tant qu’entrepreneurs, nous rêvons de faire une introduction en Bourse mais pour l’instant c’est bien trop tôt. Nous y penserons peut-être dans deux ans.

Où voyez-vous N26 dans cinq ans ?

Nous aimerions être la première banque numérique en Europe : avoir 5 à 10 millions de clients, proposer une expérience client toujours plus poussée mais aussi être plus qu’une banque.

Propos recueillis par Jessica Berthereau, à Berlin


N26 EN CHIFFRES :

2018 : N26 va se lancer au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Août 2017 : cap des 500.000 clients.

Janvier 2017 : lancement en France.

21 juillet 2016 : obtention d’une licence bancaire européenne.

Janvier 2015 : lancement officiel en Allemagne.

2013 : création de N26.

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