Une montagne nommée régulation

le 27/04/2017 L'AGEFI Hebdo

Une montagne nommée régulation
(Pierre Chiquelin)

Les banques avaient été les grandes bénéficiaires des débuts de l’ère Trump, flambant en Bourse comme jamais. Mais leurs cours ont depuis perdu de leur lustre car les mesures attendues de la nouvelle administration censées leur être favorables, réforme fiscale et relance par l’investissement en infrastructures, demeurent confinées aux bureaux de Washington sans parvenir à la place publique. Quant aux contours de leur future régulation, ils sont tout aussi flous, et ont toutes chances de le demeurer encore longtemps (lire notre Dossier). Car comme beaucoup d’autres promesses du candidat Trump, les projets ont surtout été conçus pour les tréteaux et non pour la table à dessin où ils sont autrement complexes à élaborer. Le fiasco sur l’abrogation de l’Obamacare a douché les enthousiasmes en rappelant chacun à la réalité.

Aussi les certitudes en matière de régulation sont-elles rares. Prenons Dodd-Frank, la grande affaire du candidat : son démantèlement total était censé relancer une distribution de crédits défaillante. Mais le projet ne figurait déjà plus dans le discours sur l’état de l’Union. Si les jours de la règle Volcker sont sans doute comptés, le reste du texte pourrait s’avérer un os trop dur à ronger. A Paris, un grand banquier estime d’ailleurs que les Etats-Unis ne pourront pas s’attaquer à un tel monument car ils seraient bien incapables d’en reconstruire un autre. Le représentant texan Jeb Hensarling propose bien de lui substituer un texte qui, en contrepartie d’un niveau élevé de fonds propres, permettrait aux banques de s’affranchir largement des contraintes de régulation négociées dans le cadre du G20. Mais outre que ce serait, pour Washington, tourner le dos à un consensus international très partagé sur l’opportunité de ne pas détricoter le travail du Forum de stabilité financière, une telle initiative ne serait pas forcément populaire dans l’électorat du président ; et il ne manquerait pas de susciter un tollé dans l’industrie qui a fait du fameux « level playing field » et de l’abstention de toute concurrence réglementaire des objectifs cruciaux. Des rétorsions seraient à craindre. Dès lors, une évolution de la « somme » Dodd-Frank dans certaines de ses parties paraît plus probable que sa remise en cause radicale.

En revanche, une remise à l’ordre du jour du Glass-Steagall Act pourrait de façon inattendue refaire surface car elle compte des partisans chez les démocrates et les républicains. Mais sous quelle forme ? Un cantonnement à l’anglaise de l’activité basée sur les dépôts ? Les débats seront sans doute longs, et on peut compter sur le lobby bancaire attaché à la banque universelle, JPMorgan Chase en tête, pour veiller à ne pas les raccourcir. Au bout du compte, plaisante le même banquier parisien, le plus simple pourrait être pour l’administration Trump de limiter le travail de ses propres agences de régulation en réduisant leur budget ! C’est assez dire si un bouleversement des règles actuelles ne lui paraît pas dans les cartes. Il n’est pas le seul de cet avis.

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