Fidor Bank, la fintech de l’économie collaborative devenue française

le 09/03/2017 L'AGEFI Hebdo

BPCE a racheté l’allemande Fidor avec l’objectif de la lancer en France au second semestre. Dupliquer son modèle collaboratif constituerait une véritable rupture.

Fidor Bank, la fintech de l’économie collaborative devenue française

Désormais, c’est « la fintech allemande rachetée par BPCE ». Mais lors de son lancement en 2007 à Munich, Fidor mettait d’abord en avant son ambition de devenir le leader européen des « services bancaires communautaires ». De fait, sa communauté rassemble 350.000 membres à ce jour. Pour eux, Fidor est un lieu de réflexion sur les questions d’argent, ainsi que de référencement et de suggestions d’amélioration de produits, auquel participent aussi quelque 8.400 « experts » et des modérateurs.

Prêts entre particuliers, compte FidorPay (comparable à Paypal), devises virtuelles (ou bitcoins), calcul du taux d’intérêt sur un découvert selon le nombre de « j’aime » sur Facebook…, les services ont évolué depuis que Fidor a obtenu son agrément en 2009. Aujourd’hui, pour ouvrir un compte courant, Fidor Smart, 60 secondes suffisent – avec un contrôle d’identité par vidéo – tout comme pour l’exécution d’opérations clés 100 % digitales. Carte bancaire, épargne, crédit : Fidor dispose d’une gamme de banque au quotidien. Et dénombre près de 130.000 clients particuliers et professionnels.

En septembre 2015, Fidor Bank s’est implantée au Royaume-Uni grâce à son passeport européen. Elle y propose aux seuls particuliers un compte courant, une carte de débit sans contact et de l’épargne obligataire. Matthias Kröner, cofondateur de Fidor, visait initialement 50.000 clients en 2018. Contacté par L’Agefi Hebdo, BPCE estime qu’« il est trop tôt pour communiquer ses chiffres ». Mais devrait donner à Fidor les moyens de ses ambitions. Lors du Paris Fintech Forum de janvier, Matthias Kröner, qui a aussi fondé et présidé DAB Bank (rachetée depuis par BNP Paribas), a admis la nécessité de fonds propres stables « pour devenir un acteur global », après avoir passé des années à « chercher constamment des capitaux auprès des ‘business angels’ ou des fonds d’investissement », dont XAnge (groupe Siparex). « On est entré en 2008, premier investisseur institutionnel dans le projet banque 2.0, précise un porte-parole de ce fonds. Ensuite on a suivi tous les tours successifs jusqu’à la sortie en juillet 2016. »

Coopération

Matthias Kröner « conserve son statut de directeur général et détient des parts dans la banque, indique BPCE sans vouloir préciser le pourcentage. Sa mission concerne la stratégie commerciale, le développement et l’expansion internationale comme auparavant ». Le groupe veut déployer Fidor sur l’ensemble de l’Europe d’ici 2020, en commençant par la France au second semestre de cette année.

Si Orange Bank se positionne en « rupture », « à la fois en termes de prix et en termes de transparence », selon Stéphane Richard, PDG de l’opérateur, pour un lancement commercial « avant l’été », la duplication du modèle de Fidor Bank pourrait constituer une « disruption » plus forte encore. « Une banque sociale est un modèle intéressant pour un groupe coopératif », relève Antoine Oliveau, associé Industrie Financière chez Deloitte. Tookam, « première agence bancaire en ligne solidaire et responsable » lancée par le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne en 2011, est le seul comparable.

Marque blanche

Fidor a déjà séduit le groupe de télécommunications espagnol Telefónica, qui a annoncé en juillet dernier la création d’un compte bancaire sur mobile, O2 Banking, ainsi que l’ADIB (Abu Dhabi Islamic Bank) qui a dévoilé en octobre 2016 qu’elle lancerait la première banque digitale des Emirats. Ces partenariats reposent sur l’offre de services bancaires en marque blanche de Fidor et son système d’information propriétaire permettant une fonctionnalité en temps réel, une architecture ouverte et une intégration optimisée de solutions tierces via des API (application programming interfaces).

« D’autres clients dans le monde ont acquis la solution, mais les noms ne seront révélés qu’au fur et à mesure du lancement public de ces nouvelles marques », glisse BPCE, qui a racheté avec cette « néo-banque » ses deux filiales : Fidor Factory, pour le marketing bancaire, et Fidor Solutions, pour la plate-forme technologique.

Communauté de l’économie collaborative, banque de plein exercice, prestataire de briques de services bancaires à d’autres entreprises, « Fidor, c’est la banque 2.0 par excellence qui a développé une technologie permettant d’avoir accès à une banque meilleure, dans tous les sens du terme », selon XAnge, y compris pour « la transformation numérique de banques traditionnelles ». Un atout pour celle des réseaux de BPCE, à la main d’Yves Tyrode, chief digital officer du groupe.

130 salariés à Dubaï, Singapour, New York et Munich.
BPCE a racheté Fidor en 2016.
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BPCE a racheté Fidor en 2016.
(REA)

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