Yann Gérardin réorganise le Dérivés actions chez BNP Paribas

le 27/10/2010 L'AGEFI Hebdo

L’équipe du boulevard des Italiens reste un leader au niveau mondial sur les produits dérivés, actions, structurés ou « commodities ».

 

D’une approche produit vers une approche client, basée notamment sur un renforcement des régions Amérique et Asie pour être plus proches des besoins. » Voilà comment Yann Gérardin résume la réorganisation début septembre du pôle Dérivés actions et matières premières de BNP Paribas (Global Equities and Commodity Derivatives, GECD). Un pôle qu’il avait lui-même créé en 1987 et qui compte aujourd’hui plus de 1.500 professionnels en front-office. « J’étais arrivé pour traiter les télex en provenance du réseau et à destination du Monep (Marché des options négociables de Paris, NDLR). »

A l’origine, l’activité de dérivés s’est notamment développée après la création du Plan d’épargne en actions (PEA). Les produits structurés (structured equity) à destination des particuliers sont devenus une spécificité française dans ce marché, alors que les services Dérivés actions des grandes banques américaines sont nés pour répondre aux besoins de flux des institutionnels.

Proximité client

« La crise a rebattu les cartes et nécessite de proposer des produits plus simples et tournés vers tous les clients, tout en ayant une vision locale et non plus seulement globale des besoins », poursuit Yann Gérardin. Cette réorganisation mûrement réfléchie avec les équipes a notamment profité à Nicolas Marque, le cadet du comité exécutif de GECD devenu responsable mondial des produits structurés. « Notre travail consiste avant tout à écouter les distributeurs bancaires et d’assurances (qui représentent 75 % de l’activité structured equity avec les banques privées, NDLR) pour structurer le produit qui convient, reprend le jeune homme. Ces produits à formules ne sont jamais que la combinaison, sous forme d’un fonds ou d’une obligation structurée, de deux produits simples avec une composante obligataire comme ‘pare-choc’ et une composante optionnelle comme ‘moteur’. » Sachant que les réseaux bancaires souhaitent offrir à leurs clients 4 % à 8 % de rendement, combiné à une garantie de capital, sur cinq à huit ans.

Cette offre intéresse aussi des institutionnels soucieux de diversifier un portefeuille, par exemple sur les pays émergents ou sur l’or en ce moment. Proposée par un nombre restreint de banques dans le monde, elle occupe près de 130 vendeurs entre New York, Londres, Paris et Hong-Kong, et à peu près autant d’ingénieurs et traders, situés pour l’essentiel à Paris. Sans oublier les équipes qui doivent valoriser quotidiennement les quelque 15.000 produits gérés.

Nicolas Marque insiste sur la bonne circulation de l’information au sein de ses équipes, mais aussi avec les directions régionales et les fonctions supports, notamment le contrôle des risques, ainsi qu’avec les autres équipes de dérivés... « Un esprit d’équipe primordial dans notre soucis d’apporter une réponse complète », ajoute Yann Gérardin, évoquant aussi les comités thématiques (capital humain, suivi clients, risques, systèmes d’information, ressources...) destinés à renforcer ces échanges.

Autre évolution, la réunion sous la responsabilité d’Emmanuel Heurtier des deux entités Produits de flux et Financement. « Cela nous permet d’approcher les hedge funds et autres gérants institutionnels avec deux gammes de produits complémentaires : celle des options et le ‘prime brokerage’ », explique cet ancien senior banker qui n’oublie pas, sur son « étagère bien remplie », le Cash equity dont il est responsable pour l’Asie (250 brokers et analystes), les pays émergents et les Etats-Unis (l’Europe reste concentrée chez Exane).

Cette organisation, avec deux responsables pour 200 traders et 200 vendeurs spécialisés par produits dérivés et par clients localement, « s’est façonnée dans le temps pour tendre vers plus de cohérence », ajoute Olivier Osty, numéro deux du pôle GECD, insistant sur son rôle de supervision du trading sous l’angle macroéconomique, en parallèle des risques de marchés supervisés par la banque.

Vers plus d’analyse

Ce département proposant des options simples (put/call), listées ou non, sur actions ou sur indices, ou légèrement complexes (variance swaps, certificats, etc.), « nous devons appuyer notre développement sur une recherche et des analyses fondamentales de qualité, tout en continuant à apporter notre savoir-faire sur l’exécution », pointe Emmanuel Heurtier. « Ces activités exigent une analyse très fine des risques et une exécution optimale. Ce sont aussi les clés de la rentabilité », complète Olivier Osty, également responsable de l’activité de teneur de marché (market liquidity provider).

Une cinquantaine de professionnels (hors informaticiens en support) ont pour mission d’apporter la meilleure liquidité possible aux quelque 1.500 clients, via des algorithmes sophistiqués, le croisement des ordres « et l’optimisation des positions entrées dans les livres pour le compte des clients ».

Le troisième pilier repose sur le département Dérivés de matières premières (Commodity derivatives), ancien service complémentaire de la banque de financement réorganisé en véritable salle de marché autour de spécialistes en produits dérivés depuis 2006. Dirigé par Amine Bel-Hadj Soulami à Londres, il compte une clientèle essentiellement corporate (malgré l’appétit croissant des institutionnels), « avec par exemple, dans l’énergie, des producteurs qui se couvrent contre une baisse des cours, et des consommateurs qui se couvrent eux contre une hausse ».

Ses 250 professionnels, vendeurs dans une dizaine de pays avec l’Europe, ou traders et analystes à Londres et aux Etats-Unis essentiellement, doivent comprendre des besoins précis et sont spécialisés par sous-jacents : pétrole/gaz, minerais/métaux, matières de base, etc. afin de pouvoir proposer, au choix, des swaps de couverture, des options (« floor » ou « cap »), ou encore des swaps de spreads pour des transformateurs (raffineries, centrales électriques...) qui voudraient garantir leur plus-value sans répercuter les variations de prix au client final.

« Ces trois métiers se sont construits dans la durée, posant d’importantes barrières à l’entrée pour concevoir les produits comme pour les suivre en back-office avec plus de 1.800 professionnels », note Olivier Osty. Egalement avec une vision transversale, Jacques Vigner et Valérie Rabault ont pris la tête de deux nouvelles équipes Strategy and risk et Market prospective and business risk. « Cette dernière tente, en relation avec toutes les parties, d’anticiper la fin du film sur un produit ou une ligne de produits. Nous essayons, au sein de nos équipes comme auprès de nos clients, de nous positionner dans une démarche de respect dans la durée », conclut Yann Gérardin, au sortir d’un rendez-vous avec un institutionnel auquel il vient de refuser de composer un produit d’investissement (et non de couverture) basé sur les matières premières agricoles correspondant à des denrées alimentaires de base... 

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