Virgin Money fait son entrée parmi les banques britanniques

le 21/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Dans un climat de très forte concurrence, l’établissement va devoir convaincre de sa pertinence dans les services financiers.

Virgin Money entre dans le secteur bancaire britannique par la petite porte. Après l’échec du rachat de Northern Rock fin 2007, l’entité de services financiers du groupe de Richard Branson vient d’annoncer l’acquisition de la banque régionale Church House Trust pour 12,28 millions de livres, une somme à laquelle s’ajouteront 37,3 millions de livres en capital frais une fois l’achat finalisé (soit un total de 56,20 millions d’euros). Cette modeste opération lui permet néanmoins de se propulser dans la banque de détail britannique, en prélude à des rachats plus significatifs. « Le gouvernement a annoncé qu’il espérait que le démembrement des actifs bancaires permettrait l’arrivée de nouveaux entrants et Virgin Money est susceptible de saisir des opportunités si elles se présentent », confirme Scott Mowbray, porte-parole de la société.

Des bases solides

La transformation de Virgin en un acteur bancaire à part entière s’appuie néanmoins sur des bases solides. Créée en 1995 sous le nom de Virgin Direct au sein d’un partenariat entre l’assureur Norwich Union et Virgin, l’entité est devenue partie intégrante du groupe en 2004. Virgin Money, qui revendique 2,5 millions de clients, présente un bilan rentable : en 2009, la société a généré un chiffre d’affaires de 98,4 millions de livres pour un bénéfice imposable de 27,5 millions. Ses produits, qui se répartissent entre cartes de crédit, prêts immobiliers ainsi que produits d’assurance, épargne et retraite, suscitent néanmoins une réaction mitigée chez les experts : « A l’inverse des produits d’épargne où son offre n’est pas compétitive, Virgin Money est plus établi dans le secteur des cartes de crédit, estime Daoud Fakhri, analyste spécialisé dans les services financiers au cabinet Datamonitor. Mais même dans ce secteur, il se fait doubler par d’autres acteurs : alors que trois quarts des porteurs de carte Tesco en font leur principale carte de crédit, ce pourcentage tombe à moins de 15 % chez Virgin Money. » En outre, le groupe va devoir convaincre de son habileté à lancer des comptes courants, un objectif qu’il se fixe pour cette année, à l’instar de Tesco : « La capacité de percer dans le secteur des comptes courants détermine le succès à venir des nouveaux entrants, explique de son côté Toby Clark, responsable de l’intelligence financière auprès de Mintel. Or, nos études ont montré que la moitié de nos clients ne souhaitaient pas changer de fournisseurs. »

L’arrivée de nouveaux concurrents dans le secteur bancaire britannique pourrait aussi ajouter du piment : outre le numéro un des supermarchés britanniques, National Australia Bank serait prêt à l’offensive et on spécule sur le lancement prochain d’une banque destinée à une clientèle aisée sous la houlette de Sandy Chen, ancien analyste bancaire chez Panmure Gordon.

L’entrepreneur américain Vernon Hill, qui avait mis sur pied Commerce Bancorp en 1973, envisage également d’ouvrir deux agences sous enseigne Metro Bank à Londres et en vise 200 au cours des dix prochaines années. « Vernon Hill s’est distingué pour avoir fondé un nouveau style de banque de détail reposant davantage sur le service que sur les taux d’intérêt pour attirer les clients, explique Jonathan Macdonald, analyste banque de détail chez Datamonitor. Mais il reste avant tout un entrepreneur susceptible de revendre sa banque à un établissement traditionnel sur le moyen terme. »

Reste que le groupe Virgin, sous la houlette de son charismatique fondateur, n’a jamais craint par le passé de faire figure d’outsider et de réussir son pari : depuis le début des années 70, plus de 200 sociétés sous sa marque Virgin ont été créées dans le monde.

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