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Surtaxées, les banques françaises ont plus à perdre que leurs rivales

le 18/02/2010 L'AGEFI Hebdo

La taxe sur les bonus ne répond pas à l'objectif de construire un système financier mondial plus stable.

Par John Benson, président et fondateur d’eFinancialCareers.fr

Jamais le suspense n’aura été aussi intense pour les professionnels des marchés en France. Alors qu’ils s’apprêtent à connaître le montant et la structure de leur bonus, la nouvelle taxe sur les rémunérations variables et la pression des gouvernements font sérieusement bouger les lignes.

Exercice périlleux par nature, l’attribution des bonus est devenue un casse-tête pour les institutions financières qui savent qu’un faux pas pourrait leur coûter cher. La fuite des talents vers l’étranger n’est pas un phénomène nouveau mais, désormais, la compétitivité de la place financière parisienne est en jeu.

L’initiative fiscale, qui prévoit une taxe de 50 % sur les rémunérations variables supérieures à 27.500 euros au titre de l'exercice 2009, a beau être un projet franco-britannique, la France part avec des handicaps : l’existence d’une taxe sur les salaires, la réforme de la taxe professionnelle qui aggrave la charge fiscale du secteur bancaire et la réforme de la supervision qui impactera aussi l’industrie financière. Cette accumulation de mesures va à l’encontre des efforts de Paris Europlace favorisant l’attractivité de la capitale.

Pourquoi Paris se tire-t-elle une balle dans le pied, alors que la crise peut constituer une période propice pour tirer son épingle du jeu ? Londres n’a-t-elle pas profité d’erreurs commises par d’autres pour se renforcer dans le secteur financier ? Le dernier coup de pouce étant venu d'outre-Atlantique avec l’introduction en 2002 des lois Sarbanes-Oxley. La réaction disproportionnée des Américains avait amené de nombreux groupes cotés à quitter les Etats-Unis pour s’enregistrer sur la Bourse de Londres. Cette fois, c’est la City qui se met en difficulté en risquant le départ de 9.000 banquiers vers des cieux plus cléments tels que Genève ou les places asiatiques, mais certainement pas Paris !

Dans cette affaire, le secteur bancaire français et ses 400.000 salariés n’ont donc rien à gagner mais beaucoup à perdre. En effet, théoriquement, les banques d’investissement françaises, qui emploient des milliers de banquiers à Paris et à Londres, risquent d’être doublement taxées. Pourtant, les banques françaises ont dans l'ensemble bien traversé la crise. Contrairement à ce qui s’est passé dans d'autres pays, le plan de soutien n'a rien coûté au contribuable et a même rapporté plus de 2 milliards au budget. De plus, les établissements français ont prouvé qu’ils étaient de bons élèves en jouant la modération des rémunérations.

De leur côté, les professionnels français ont plus de raisons de s’inquiéter que leurs collègues étrangers. Outre le fait que leurs bonus sont traditionnellement inférieurs à ceux de leurs confrères anglo-saxons, leurs employeurs n’ont jusqu’alors pas laissé entendre qu’ils se montreraient solidaires en augmentant les « bonus pools » ou en revalorisant les rémunérations fixes. Ce dernier procédé s’est largement répandu dans les banques d’investissement étrangères, y compris pour leurs employés parisiens, créant une distorsion de concurrence sur le marché de l’emploi.

Autre coup dur pour les employés français : la taxe sera non seulement assise sur les rémunérations variables versées en cash cette année, mais aussi sur les sommes au versement conditionnel et différé, cela au cours des trois années suivantes. Ce système freine sérieusement la mobilité des professionnels, élément clé de la bonne santé du secteur. A Londres, les investment bankers parviennent à garder une certaine pression sur le gouvernement, prouvant ainsi qu’un exode massif est une option réaliste. Leurs collègues français n’ont pas ce pouvoir de négociation, Londres figurant jusque-là comme leur premier choix d’expatriation.

A quelques mois d’échéances électorales (nationales en Angleterre et régionales en France), cette politique populiste, qui consiste à caresser les électeurs dans le sens du poil, constitue un terrain de jeu dangereux. A ce stade, il paraît notamment essentiel de rassurer sur le caractère ponctuel de la taxe. Il convient enfin de travailler au caractère universel des politiques en la matière, sans oublier le véritable objectif : construire un système financier mondial plus stable pour minimiser les risques d’une nouvelle crise financière. Ce à quoi la taxe sur les bonus ne répond pas aujourd’hui.

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