Les risques de hors bilan : le cas Lehman Brothers

le 06/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Les révélations récentes sur les actifs que Lehman Brothers aurait abusivement sortis de son bilan en utilisant la mise en pension ne paraissent pas mettre en lumière un nouveau type de risque de contrepartie. « Les autres banques soupçonnaient ces pratiques, même si Lehman Brothers n’a dit nulle part qu’il avait recours au 'repo 105' pour réduire son bilan d’environ 15 %, indique Pierre-Henri Conac, professeur de droit des marchés financiers à l’Université du Luxembourg. Ce n’est certes pas la première fois que ce type de pratiques est évoqué, il y aura toujours des possibilités comptables d’habiller son bilan, la comptabilité n’étant pas une science exacte. »

Toutefois, l’évolution des normes devrait aider à réduire la difficulté. « Compte tenu de la structure des normes IFRS aujourd’hui, avec IFRS 9, il est beaucoup plus difficile de déconsolider, surtout s’il y a un engagement de reprise, explique Lionel Escaffre, commissaire aux comptes. Les normes américaines laissent une capacité d’interprétation plus grande mais la convergence avec les normes IFRS devrait également finir par régler la question. »

L’affaire met tout de même au grand jour les problèmes d’évaluation des risques de hors bilan. « Les normes IFRS imposent, certes, de reconsolider une partie du hors bilan comme certaines parts de titrisation, observe Marie-Pierre Peillon, directrice de l'analyse financière et extra-financière chez Groupama AM. Mais il est aussi important de rappeler que pour les produits dérivés comme les options, les 'swaps' de taux et même les simples couvertures, la taille du hors bilan peut être colossale. Il est alors impossible d'analyser les risques correspondants : le notionnel peut correspondre à une position de couverture et non pas à un risque, ou au contraire résulter d'un arbitrage. Les régulateurs sont conscients qu'il y a des actions à entreprendre sur le hors bilan, s'agissant d'une question ancienne. » Des progrès ont d’ores et déjà été faits outre-Atlantique.

« Le normalisateur américain a changé les règles en juin 2009 et rendu les abus plus difficiles en introduisant en janvier 2010 les normes FASB 166 et 167, rappelle Jean-Jules Djoum, senior manager chez Mazars. Cela clarifie le problème du contrôle des actifs. »

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