La restructuration du système bancaire espagnol prend du retard

le 21/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Les fusions entre les 45 caisses d’épargne hispaniques sont engagées mais aucun projet n’a pour l’instant abouti.

Annoncée en fanfare en juin dernier, la création par le gouvernement espagnol d’un fonds destiné à accélérer la « restructuration ordonnée du système financier » (Frob) n’a pas eu l’effet stimulant attendu. Les plans de fusions ont bien commencé à apparaître dès l’été 2009, et aujourd’hui, une vingtaine des 45 caisses espagnoles sont engagées dans divers processus de rapprochements. Mais aucun n’a encore abouti et les deux grandes, Caja Madrid et La Caixa, ne sont pas entrées dans le mouvement. La madrilène pourrait cependant se lancer une fois son nouveau dirigeant, Rodrigo Rato, ancien directeur général du FMI (Fonds monétaire international), installé à son poste.

« Le système bancaire espagnol doit être redimensionné, admet Alfonso García, directeur de la firme de conseil Analistas Financieros Internacionales (AFI). Il a été calibré pour une croissance du PIB de plus de 3 % l’an et une croissance du crédit de 15 %. Il doit aujourd’hui restructurer ses capacités en générant des synergies à travers des fusions. »

Des taux d’impayés de 4 % à 5 %

Après dix ans de boom économique, l’Espagne affiche le taux de chômage le plus élevé de la zone euro, à 19,4 %, et sera l’un des derniers Etats membres à sortir de la récession. Si les taux d’impayés n’ont pas encore atteint les 10 % annoncés par les analystes les plus pessimistes, ils sont toutefois de 4,2 % pour les banques et de 5,1 % pour les caisses. Il y a unanimité en Espagne sur la nécessité de voir les caisses d’épargne, pour certaines fortement exposées au secteur immobilier aujourd’hui en berne, fusionner. Un processus que les banques espagnoles ont connu dans les années 90. A la Banque d’Espagne, on estime qu’un tiers des enseignes devraient être absorbées.

En mars 2009, le premier sauvetage en urgence de la caisse Caja Castilla La Mancha avait secoué le secteur et renforcé le sentiment d’urgence. On vantait alors les vertus des fusions inter-régionales qui offriraient le plus de synergies en rassemblant des marchés complémentaires ne souffrant pas des mêmes problèmes. Mais ces velléités ont été bloquées par les gouvernements régionaux et les autorités locales qui tiennent les conseils d’administration et ne veulent pas voir leur influence s’étioler.

Mise en place du SIP

Certains établissements tentent de contourner ces freins en utilisant une procédé introduit il y a peu, le SIP (système institutionnel de protection), structure faîtière à laquelle les enseignes participantes transfèrent une partie de leurs ressources et activités. Mais la plupart des opérations engagées restent cependant confinées au cadre territorial des régions autonomes, ce qui peut entraîner des doublons parmi le personnel ou dans le nombre et la localisation des bureaux de banques. Les restructurations nécessaires pourraient donc être coûteuses pour les mêmes gouvernements régionaux désireux de garder les caisses dans leur giron.

La lenteur du processus de fusions s’explique également par des « résultats 2009 meilleurs que prévu, affirme Alfonso García (environ 4,5 milliards jusqu’en septembre 2009 pour le secteur, soit une baisse annuelle de 34 %). La nécessité de fusionner s’est donc faite moins pressante ». Enfin, le Frob, censé faciliter les fusions, n’a pas encore été approuvé par Bruxelles, ce qui entraîne une « certaine insécurité juridique ».

Du côté des caisses d’épargne, on dénonce aussi ses conditions de financement plus strictes et chères que celles du marché mais on regrette surtout d’être montré du doigt aussi clairement. « Le Frob a été conçu pour tous. Or, on l’associe toujours aux caisses d’épargne, souligne un acteur du secteur. Il y a beaucoup de banques de petites tailles et l’on pourrait avoir des surprises. » Le secteur reproche de plus à la Banque d’Espagne de ne pas avoir été assez « courageuse » et « exposé plus clairement la carte financière qu’elle recherchait. Nous en sommes à poursuivre uniquement ce qui est faisable plutôt que les solutions idéales ».

La reprise annoncée de la liquidité en excès par la Banque centrale européenne représente un autre sujet d’inquiétude pour les observateurs et les acteurs du secteur qui réclament un processus de restructuration plus rapide. Le système bancaire espagnol n’ayant pas ou peu touché aux actifs toxiques, il n’a pas eu besoin d’être recapitalisé lors de la première phase de la crise financière. Mais la détérioration économique qui a suivi le frappe de plein fouet. « Il faut que L’Espagne se presse, met en garde Alfonso García. Elle ne peut pas sortir de la crise sans avoir recapitalisé son système. »

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