Des réseaux européens de cartes émergent face à Visa et Mastercard

le 06/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Visa Europe a fini par réduire ses commissions d’interchange sous la pression de Bruxelles, tandis que les systèmes alternatifs européens apparaissent.

L’univers des paiements par carte poursuit sa mutation. Visa Europe et la Commission européenne ont enfin trouvé un accord concernant les commissions multilatérales d’interchange (CMI) prélevées sur les paiements par carte par les banques acquéreuses (commerçants) et reversées aux banques émettrices (consommateurs). Visa a accepté de réduire l’interchange des cartes de débit sur les transactions transfrontalières et des transactions domestiques de neuf pays* à 0,2 % du montant de l’achat en échange de l’abandon des poursuites engagées par la Commission européenne en avril 2009. Bruxelles considérait en effet que ces commissions étaient disproportionnées et qu’elles portaient atteinte à la concurrence entre les banques des commerçants, gonflaient le coût d’acceptation pour ces derniers et augmentaient les prix à la consommation. Les discussions se poursuivent sur les commissions affectant les paiements à crédit et en débit différé. Visa s’est engagé à fournir des informations chiffrées permettant de mieux appréhender le coût des différents moyens de paiement.

Volonté d’indépendance

Ce compromis intervient un an après que Mastercard, également mis en cause par la Commission européenne, a décidé de réduire ses commissions à 0,3 % pour les cartes de crédit et à 0,2 % pour les cartes de débit. L’Europe concrétise ainsi une volonté d’indépendance par rapport au duopole Visa-Mastercard, qui se traduit également par l’émergence de nouveaux réseaux de cartes européens. Après des mois consacrés à des études de faisabilité, le projet franco-allemand Monnet de fonder un système européen vient de franchir une nouvelle étape le 5 mai lors d’une réunion à Madrid avec une dizaine de pays soutenue par la BCE (Banque centrale européenne) et la Commission européenne. Un consortium devrait être créé pour réaliser des études complémentaires. Mais d’autres modèles sont déjà opérationnels.

Trois modèles en construction

L’Euro Alliance of Payments Schemes (EAPS), entrée en fonction en janvier 2008, réunit cinq réseaux nationaux, Bancomat (Italie), Girocard (Allemagne), Euro 6000 (Espagne), LINK (Royaume-Uni), Multibanco (Portugal), ainsi qu’Eufiserv, un opérateur européen de distributeurs automatiques installé en Belgique. Interconnectés via EAPS, ces réseaux peuvent traiter les transactions transfrontalières sans que les participants aient à changer de fonctionnement ou à réaliser de coûteux développements informatiques puisqu’EAPS opère sur les infrastructures existantes. Fin 2009, EAPS s’est également ouvert aux banques. Certaines ont entamé des discussions sur l’adhésion à ce réseau des réseaux. « L’objectif d’EAPS est de poursuivre le déploiement en incluant plus de distributeurs automatiques et plus de points de vente dans les pays de nos participants, mais aussi dans d’autres pays européens, explique Lars Tebrügge, conseiller d’EAPS. En 2009, nous avons traité un million de transactions, ce qui est significatif puisqu’il s’agit seulement de transactions transfrontalières. Ce nombre devrait augmenter rapidement dans les années à venir. »

Enfin, PayFair, entreprise belge créée en 2008, propose sa propre solution fonctionnant sur les infrastructures existantes et permettant de traiter les transactions pour un coût nettement inférieur à celui des réseaux habituels. Après un premier test lancé en octobre 2009 avec un distributeur belge, PayFair a conclu un partenariat avec Atos Worldline qui gère 85 % des terminaux de paiement, et discute avec plusieurs banques. Un accord a été signé en Allemagne avec Easycash devenu Ingenico, également gestionnaire de terminaux de paiement des commerçants, et PayFair est en contact avec des banques et des distributeurs aux Pays-Bas et en France. Outre le tarif réduit pour les commerçants, l’intérêt de l’offre est sa simplicité technique. « Il suffit d’une simple mise à jour des logiciels des terminaux de paiement électroniques installés dans les points de vente pour qu’ils soient en mesure d’accepter les cartes PayFair, indique Dominique Buysschaert, PDG de PayFair. D’ici à fin 2010, nous couvrirons toute la Belgique. Mais notre ambition est paneuropéenne et nous espérons traiter à terme une part intéressante des transactions par carte en Europe. » Certes, ces initiatives sont encore embryonnaires, mais, soutenues par les institutions européennes, elles pourraient devenir des alternatives. 

*Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Malte, Suède, Luxembourg, Pays-Bas

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