La réflexion autour du risque systémique se précise

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

La Banque des règlements internationaux (BRI) ne fait pas de la limitation de la taille des établissements une condition de principe.

Contrairement à ce que semblent penser les autorités américaines, le risque systémique ne saurait se limiter à la taille des établissements bancaires, autrement dit au « too big to fail ». Mi-février, devant un parterre de banquiers centraux réunis à Sydney, Jaime Caruana*, directeur général de la BRI, est revenu sur la vaste étendue du champ de réflexion couvert par ce concept.

Qu’est-ce en effet que le risque systémique ? « Un risque de bouleversement dans les services financiers causé par un affaiblissement de toutes les parties du système financier et qui peut avoir des conséquences négatives pour l’économie réelle », propose Jaime Caruana. Si une banque perd de l’argent à la suite d’un investissement risqué, ce n’est pas systémique. En revanche, une faille institutionnelle, la rupture d’une infrastructure ou même une forte augmentation dans le coût d’un service financier peuvent avoir des implications sérieuses pour plusieurs participants au marché. Dans ces cas, la dimension systémique du risque est vérifiée.

Le risque systémique revêt une double dimension. Le caractère transversal des institutions financières, aux larges ramifications, contribue en effet à amplifier les chocs, via une exposition commune aux mêmes risques ; l’aspect temporel ensuite s’exprime par l’accumulation du risque dans le temps et interagit avec le cycle macroéconomique, conférant un caractère procyclique au système financier.

Bâle 3, la priorité

Quels sont les moyens susceptibles d’être mis en œuvre pour réduire ce risque systémique ? Le directeur général de la BRI a détaillé les pistes explorées depuis le lancement de cette réflexion au sein du G20. Sans surprise, il place en tête des priorités l’amélioration de la liquidité et du capital. Les firmes qui contribuent au risque systémique « doivent internaliser les externalités » qu’elles créent, estime-t-il. Le récent paquet de réformes proposé par le Comité de Bâle (Bâle 3) vise, en renforçant la composante du capital de base Tier one, à améliorer la capacité du secteur bancaire à absorber les chocs survenant de périodes de stress économique et financier. Par ailleurs, il s’agit, pour une meilleure prise en compte du hors bilan, de « renforcer les exigences en capital pour l’exposition du risque de crédit aux contreparties provenant des dérivés et des activités de financement sur titres ». Et d’instaurer un ratio de levier qui doit servir de « gilet pare-balles » aux activités risquées, explique Jaime Caruana.

Parmi les autres outils visant à limiter le risque systémique, la résolution des liquidations figure en bonne place. Elle consiste à s’assurer que les contreparties d’une institution importante ne sont pas protégées des pertes dans l’éventualité d’un défaut. Les problèmes juridiques qu’elle soulève, comme l’illustre la liquidation en cours de Lehman Brothers, ne facilitent pas les débats. « Des propositions concrètes pour faciliter une résolution ordonnée (…) sont attendues pour cette année », affirme le responsable. Au-delà, un certain nombre de pays considèrent les mesures à prendre pour limiter la taille et la structure des groupes financiers « pour éviter les incitations perverses qui alimentent le levier et la poursuite du profit à court terme ». Mais Jaime Caruana n’en fait pas une condition de principe : « Nous devons accepter qu’il n’y aura jamais un accord total transfrontière (…) Il peut y avoir une grande variété d’approches en fonction des circonstances particulières. »

A l’inverse, la taxation des banques, si elle alimente la réflexion des deux côtés de l’Atlantique, ne constituerait pas une panacée dans la maîtrise du risque systémique. Elle soulève surtout des interrogations : à qui du client ou de l’actionnaire fera-t-on payer cette taxe au final ? Ne faut-il pas lui préférer l’augmentation des exigences en capital et en liquidités ?

Enfin, si la régulation constitue une condition essentielle à la résolution du risque systémique, elle n’est pas suffisante. Les politiques monétaire et fiscale ou encore la procyclicité ont aussi « un rôle à jouer ».

*Le discours est disponible sur www.bis.org

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