Les pays périphériques de la zone euro confrontés à la déflation

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

La chute de l’inflation sous-jacente en Grèce, Irlande et Espagne explique en grande partie la baisse de l’indice sous-jacent dans l’ensemble de la zone euro.

La Grèce a perdu 20 % à 25 % de compétitivité par rapport à l’Allemagne au cours des dernières années. Elle doit exactement faire le chemin en sens inverse. » A défaut de pouvoir dévaluer sa monnaie (comme au Royaume-Uni où la livre sterling s’est dépréciée de 17 % par rapport à l’euro depuis l’été 2008), la seule option reste la déflation, estime le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn dans les colonnes du magazine autrichien Profil. Le regain de la compétitivité passe selon lui par l’ajustement des prix et des salaires. Et le cas de la Grèce n’est pas isolé. En Irlande, au Portugal ou en Espagne, l’ajustement a déjà commencé. Il promet d’être long et douloureux.

Les prix avaient progressé dans les pays dits périphériques beaucoup plus vite que dans les pays « core » : de 35 % en Espagne, de 30 % en Grèce, de 25 % au Portugal, contre seulement 10 % en Allemagne entre 2000 et 2009, selon l’économiste Paul Krugman. Depuis la crise financière, la plupart de ces pays enregistrent des évolutions de prix très faibles, voire négatives. Les prix reculent depuis un an et demi en Irlande (-3,1 % en mars) et ont connu plusieurs mois d’évolution négative au cours de l’année 2009 en Espagne et au Portugal. Hormis les éléments volatils (pétrole,TVA) qui devraient peser sur les indices globaux d’inflation au cours des prochains mois, « ces pays restent dans un environnement déflationniste », observe Jacques Cailloux, économiste à RBS, qui a mis en place un indice mesurant l’inflation sous-jacente des pays de la périphérie. Or, il apparaît que cet indice est tombé de 2,5 % à 0,2 % en l’espace d’un an, alors qu’il affichait depuis la création de l’Union monétaire une inflation moyenne de 3,5 %, supérieure à celle de la moyenne de la zone euro. « C’est la rapidité de la baisse et son niveau qui sont impressionnants, explique l’économiste. D’un côté, cette évolution est positive au sens où elle reflète le début d’un ajustement. Mais c’est plus le reflet d’un choc de demande négatif très fort, et donc un phénomène subi, qu’un ajustement structurel de ralentissement des salaires pour l’instant. »

Compétitivité

Seule l’Irlande a procédé pour l’heure à des baisses de salaires dans la fonction publique. Cette course à la compétitivité se révèle une équation complexe. « Les gains de productivité passent inévitablement par des destructions d’emplois, et la hausse du chômage alimente à son tour la pression à la baisse sur les salaires, analyse Gilles Moëc. Mais au bout du compte, plus qu’une baisse des salaires nominaux, on aboutit à un gel et à une réduction du coût unitaire par rapport aux autres pays où ils continuent à augmenter. » Si la pression du chômage peut conduire à accepter des salaires moins élevés, elle n’a généralement qu’un impact marginal. En Espagne, où le taux de chômage atteint 20 %, près de 70 % des CDI sont indexés sur l’inflation. En conséquence, les salaires vont y progresser de 2,5 % en 2010, alors que la hausse négociée par les syndicats ne dépassera pas 1,5 % en Allemagne, où le taux de chômage est presque trois fois moins élevé. En Italie, l’abandon au début des années 90 de la « scala mobile » (échelle mobile des salaires) avait conduit à une amélioration des coûts salariaux.

Désaccords

Cette dichotomie entre pays périphériques et pays core complique la tâche de la Banque centrale européenne (BCE). L’évolution de l’inflation sous-jacente dans les pays de la périphérie (20 % du PIB de la zone) « explique en grande partie la baisse de l’inflation sous-jacente de l’ensemble de la zone euro », estime l’économiste de RBS. Le mandat de la BCE l’oblige à prendre en compte pour la conduite de la politique monétaire la moyenne de l’inflation globale (et non sous-jacente) sans considérer le détail par pays. « On risque d’assister à un débat en son sein entre les tenants de l’école monétariste et ceux de l’école keynésienne sur l’opportunité ou non de remonter les taux d’intérêt », prévoit Jacques Cailloux. Cette tendance déflationniste risque aussi de mettre en péril le redressement des finances publiques. « Plus ces pays sont en déflation, plus la trajectoire de redressement de leur dette va être difficile à tenir, les rentrées fiscales étant moins importantes que prévu. »

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