L'invité de L'Agefi

Oui ! Osons le mutualisme

le 03/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Performance économique, proximité et solidarité sont les fondamentaux de la société de personnes.

Par Marc Pouzet, président de la caisse régionale du Crédit Agricole Alpes Provence

Crise financière, crise économique, crise d’endettement des Etats qui suivra..., l’engrenage de la fatalité semble déclenché inexorablement. Sommes-nous, dès lors, condamnés à subir, impuissants ? Eh bien non ! Nous devons nous remettre en cause, interpeller « nos » élites qui doivent elles aussi faire un travail introspectif sur leurs certitudes et les conséquences de celles-ci...

Depuis 1990 (crise financière aux Etats-Unis), contre toute attente, une partie des sachants du monde de la finance ne sont que des arrogants, rêvant de trouver la martingale mathématique permettant de modéliser les marchés en supprimant le facteur humain.Nous y voilà, l'Humain ; où est-il dans ce tohu-bohu... ? « On » voudrait nous faire croire que les marchés sont une masse fluctuante, hors sol, apatride... C'est là que le bât blesse. Le marché devrait être un outil au service de l'Homme et non l'homme une variable d'ajustement pour améliorer la rentabilité due au marché, véritable veau d'or, insatiable, qui met en péril notre société libérale. Pourtant, rien ne vaut le libéralisme et son économie de marché, mais cela doit fonctionner dans le bon sens. Le marché est sorti de la route, il a été utilisé (faute de règles édictées par les Etats... complices ?) par des dirigeants amoraux, aux désirs immodérés de richesses. Ce sont eux les responsables. La crise n’étant que la partie visible de l’iceberg. Les traders n'étant que les exécuteurs salariés de basses œuvres, ceux-là sont toujours bien payés ! Le marché doit revenir à son rôle premier, ce pourquoi il a été créé : un outil pour financer l'économie ! La vraie, celle qui s'appuie sur le génie de l'Homme créateur de valeurs ajoutées porteuses d'innovation, de progrès collectifs.

Mais pour cela, les Etats ne peuvent s'affranchir de leur responsabilité. Un marché sans Etats forts qui savent lui édicter des règles, c'est l'appauvrissement des peuples et des Etats... Danger ! Rien de tout ce qui nous arrive n'est une fatalité. Ce qui se passe aujourd'hui est majeur : nous sommes en train de changer de modèle sans avoir identifié l'alternative... La Modernité est aboutie, vive la Post-modernité ! (1) : nos Etats n'en peuvent plus d'endettement. Dès lors, que faire ? Responsabiliser les Hommes ! Qui croit encore qu'en distribuant de l'argent, que l'on n’a plus, on va résoudre les problèmes de notre société. Ce ne sont que des pierres sur le couvercle de la cocotte...C'est le contraire qu'il faut faire ! Libérer les énergies individuelles qui sont en chacun, rendre responsable, mettre en avant la valeur de l'exemple comme dans la culture de la gouvernance coopérative. « On » nous explique que le monde serait devenu plus petit, la taille de marché celle de la mondialisation, et par ailleurs, « on » (toujours le même ?) nous explique qu'il faut limiter nos déplacements pour ne pas polluer... C'est l'attachement à son Territoire qui rassure l'Homme, lui fait prendre conscience de l'écosystème, le stimule au développement, et qui, alors épanoui, lui permet de rayonner dans le monde...

Il faut remettre les finances sur les rails en disant la Vérité : l'Homme est prêt à comprendre qu'une économie qui croît de 1 % ou 2 % par an ne peut servir des dividendes sans cesse en croissance, qu'une entreprise ne peut croître de 10 %, 20 %, 30 % par an. Car c’est faux...Pour réaliser cela, faut-il créer le monde idéal ? Non ! Ce système existe, fonctionne : c'est la société de personnes dont le statut juridique est la société coopérative. Ce n'est pas pour rien que certains souhaitent sa disparition ! Car elle régule les excès, qu'ils soient financiers ou de pouvoirs... « Performance économique, proximité, solidarité » sont ses fondamentaux. Oui ! Osons le Mutualisme !

(1) « Mutualisme financier, Société de personnes et Post-modernité » Marc Pouzet - Michel Maffesoli - Editions CNRS

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