Un nouveau centre de données pour Crédit Mutuel Arkéa

le 18/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Pour assurer sa croissance, la banque mutualiste basculera son informatique fin mars dans un « datacenter » flambant neuf situé dans les environs de Rennes.

Lors de la construction de notre centre de données actuel, Jupiter, en 1999 à Brest, nous n’avions pas anticipé la hausse du nombre de serveurs qui y seraient hébergés », se souvient Fabrice Bazard, directeur du pôle Services et technologies de Crédit Mutuel Arkéa. Leur nombre a été multiplié par dix, passant de 80 à 800. « Et encore, entre 2008 et 2009, nous avons fait de la virtualisation (permettant de faire fonctionner plusieurs machines logiques différentes sur une même machine physique, NDLR) concernant nos plates-formes Microsoft, souligne Fabrice Bazard. Sans cela, nous compterions aujourd’hui 1.000 serveurs. » D’où la décision de construire un nouveau centre de données, baptisé Junon.

Le nombre des serveurs a tendance à augmenter pour deux raisons principalement. La première tient à la volonté de multiplier les serveurs pour optimiser les requêtes et les temps de réponse associés. La seconde est relative à la croissance du patrimoine applicatif et, notamment, les applications concernant les salles de marché et la monétique. « Nous n’avions pas non plus anticipé les besoins en termes d’infrastructures, que ce soit l’alimentation en énergie, pour la climatisation et les serveurs proprement dits, et les besoins en bande passante qui ont été décuplés avec internet, précise Fabrice Bazard. Brest étant au bout du réseau, nous avons décidé de nous installer près de Rennes. » La raison de ce choix a été en partie dictée par la présence des Orange Labs, les unités de recherche et développement de l’opérateur historique garantissant une bande passante de haut niveau. Autre facteur de choix de l’implantation du datacenter, l’éloignement. Pour mieux maîtriser les risques liés à des contraintes opérationnelles, il convient de séparer les hommes, travaillant à Brest, des machines, installées à proximité de Rennes.

« Au-delà de cet aspect gestion des risques, être éloigné de notre ‘datacenter’ nous a obligés à changer notre façon de travailler, explique Fabrice Bazard. Et, par là, à atténuer encore certains risques liés à l’exploitation. » En effet, plus on intervient physiquement dans une salle, plus on augmente les risques d’erreurs, de manipulation erronée. « Quand vous avez 800 serveurs dans une salle informatique à laquelle vous pouvez accéder en permanence, le risque est plus important d’être moins rigoureux sur la cartographie des dits serveurs », convient Fabrice Bazard.

Des processus de contrôle renforcés

Surtout, l’exploitation à distance d’un centre informatique nécessite une nouvelle organisation et des logiciels spécifiques pour le contrôle et la détection d’éventuels problèmes ainsi que pour la prise en main. Crédit Mutuel Arkéa s’est ainsi doté pour le monitoring technique (c’est-à-dire supervision des infrastructures, consommation de ressources, état des process...) de la gamme Tivoli d’IBM pour les mainframes (gros systèmes), de l’agent Nagios (open source) pour l’ensemble des serveurs Open (windows, linux, AIX, Solaris) et de Sentinel, de l’éditeur français Axway, pour la supervision des transferts de fichiers. Concernant le monitoring applicatif, un outil open source a été développé en interne pour les sondes applicatives (simulation de scripts utilisateurs). Un portail de restitution en temps réel des alertes pour déclenchement des actions de pilotage est basé sur les technologies Tivoli et Nagios. « Pour la prise de main à distance, nous utilisons la solution KVM over IP de l’éditeur américain Avocent, précise Didier Calvar, de la direction des systèmes d’information de Crédit Mutuel Arkéa. Pour des raisons de sécurité, nous avons créé un VLAN (‘virtual local arena network’ - réseau local virtuel, NDLR) IP cloisonné dédié à l’administration et la prise de main à distance, accessible uniquement depuis des postes spécifiques. »

La sécurité, principalepréoccupation

La décision de construire Junon a été prise en juillet 2007. « Soit nous construisions notre propre ‘datacenter’, soit nous faisions appel à un hébergeur. L’informatique est un actif stratégique qu’il faut absolument maîtriser de A à Z, c’est un gage de réactivité, déclare Fabrice Bazard. En outre, notre volonté de nous développer dans les prestations pour réseaux bancaires nous impose d’exploiter nos infrastructures informatiques. » Crédit Mutuel Arkéa a donc confié la partie technologique à IBM et la partie BTP à ICC pour la construction de son datacenter. Le projet a duré 24 mois en tout, dont 9 mois pour la rédaction du cahier des charges. « Le permis de construire n’a pas été simple à obtenir, relate Fabrice Bazard. Les autorités locales n’avaient pas l’habitude de traiter des demandes de ‘datacenters’, surtout de cette taille. La plupart des questions avaient trait à l’esthétique du bâtiment. » La livraison a eu lieu en novembre 2009. D’une superficie totale de 1.000 m2, Junon comprend deux salles de 500 m2à l’identique, en miroir et jumelée. En cas de problème, la seconde salle peut prendre le relais, un dispositif répondant aux exigences du référentiel 97.02 sur le contrôle interne des établissements de crédit, fixant l’obligation d’un plan de continuité d’activité. « Et en cas de choc extrême - comme un Airbus s’écrasant sur notre ‘datacenter’ -, toujours pour satisfaire au référentiel 97.02, nous avons signé, début 2008, un partenariat réciproque avec un assureur dont le centre informatique est situé à Angers », détaille Fabrice Bazard. Depuis, tous les trimestres ont lieu des simulations de choc extrême. Se déroulant le week-end, elles impliquent un arrêt de la salle principale à Rennes, et une reprise depuis le centre informatique à Angers avec l’ouverture d’une agence bancaire et toutes les applications critiques nécessaires. Quant au transfert entre Jupiter et Junon, trois bascules sont prévues. La première a eu lieu avec une équipe réduite pour s’assurer du bon fonctionnement des équipements. Une autre, grandeur réelle, est prévue courant février. Et fin mars, Junon sera définitivement activé.

Un pari sur l’avenir

« L’enjeu de ce projet est de bien anticiper, car nous espérons que Junon sera opérationnel pour dix ans », avance Fabrice Bazard. Pour l’instant, le taux d’occupation est de 50 %, Crédit Mutuel Arkéa pense absorber la croissance de ses besoins informatiques avec les 50 % restants. « En fait, nous aurons besoin de plus de 50 %, mais compte tenu de l’évolution technologique, 500 m2nous suffiront », estime Fabrice Bazard. En termes de consommation électrique, l’ordre d’idée est de 1 kiloWatt/m2. « Nous avons fait une projection à 1,5 kW/m2d’ici à dix ans, en anticipant un durcissement de la législation quant aux contraintes énergétiques, poursuit-il. Si on est au-dessus, il faut reconstruire un autre ‘datacenter’. » Un pari audacieux car si l’estimation avait été de 2,5 kW/m2, le coût global du projet aurait augmenté de 50 %, soit 15 millions d’euros.

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