L’homme clé, André Renaudin, directeur général d’AG2R La Mondiale

« Nous avons sans doute placé la barre un peu haut en termes de développement »

le 27/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Alors qu’il va prochainement fêter sa troisième année à la direction générale d’AG2R La Mondiale, André Renaudin, 54 ans, affiche une satisfaction mesurée. Pourtant, l’ancien président de La Mondiale aurait de bonnes raisons de fanfaronner. Avec 8 millions d’assurés et 13,7 milliards d’euros d’encaissement en 2009 - dont 6,1 milliards en retraite complémentaire -, son groupe est aujourd’hui dans le peloton de tête des assureurs de personnes en France. Une bonne réponse à tous les sceptiques qui doutaient du bien-fondé du rapprochement, au sein d’une société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam), entre un groupe paritaire de protection sociale (AG2R) et une mutuelle d’assurance vie (La Mondiale). « De nombreux observateurs se sont interrogés sur le modèle, se rappelle André Renaudin, principal artisan de ce mariage inédit. Mais j’ai toujours été convaincu que ce projet avait une vraie logique économique. » Les chiffres semblent lui donner raison. Après un exercice 2008 affecté par la crise financière - recul de 60 % de son résultat net à 72 millions d’euros en raison de 120 millions d’euros de dépréciations d’actifs -, le groupe a retrouvé des couleurs en 2009. Ses profits ont été multipliés par trois à 215 millions d’euros, et son chiffre d’affaires a progressé de 6,1 % en assurance de personnes (vie, prévoyance, santé) à 7,6 milliards. Par ailleurs, ses fonds propres ont progressé de 29 % à 2,4 milliards d’euros, couvrant 1,8 fois l’exigence de marge de solvabilité.

Le pari n’était pas gagné d’avance. Le groupe est en effet un patchwork d’entités juridiques hétéroclites : caisses de retraite complémentaire Agirc-Arrco, institutions de prévoyance et pôle mutualiste composé d’une vingtaine de mutuelles d’assurances. Un mariage d’autant plus complexe que les deux maisons avaient des histoires très différentes. « J’ai tout mis en œuvre pour dépasser l’écart de cultures car je pensais qu’il s’agissait d’un beau projet et j’étais convaincu qu’il existait un socle de valeurs communes aux deux groupes, hérité des pères fondateurs », assume l’ancien délégué général de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). De fait, la greffe semble avoir bien pris. « Sur le plan de la logique industrielle, je n’ai rien à retrancher. Chaque groupe était et reste l’avenir de l’autre, déclare-t-il. Et sur le plan opérationnel, les choses sont allées plus vite que je l’avais imaginé. »

Dès les premiers jours de son mandat, André Renaudin n’a en effet pas chômé pour rationaliser et simplifier son groupe. Après avoir mis en place une organisation managériale unique, regroupée au sein d’un même immeuble boulevard Haussmann à Paris, il s’est attelé à fusionner de nombreuses fonctions supports réunies au sein de directions communes transverses (systèmes d’information, ressources humaines, réseau commercial). En outre, après avoir unifié sa gamme de produits en santé, la compagnie a récemment fait de même en assurance vie. La construction d’AG2R La Mondiale est toutefois loin d’être aboutie et André Renaudin doit encore mener plusieurs chantiers d’envergure. A commencer par la réorganisation de son pôle de gestion d’actifs.

Réduire ses coûts de 8 %

« Nous avons encore deux structures séparées, même si les équipes travaillent sur le même plateau, explique-t-il. Avec Sylvain de Forges, qui nous a rejoints récemment comme directeur général délégué, nous allons engager la réflexion en la matière dès le mois de juillet. » En parallèle, AG2R La Mondiale devra mener à bien son rapprochement avec le groupe paritaire Prémalliance, un partenaire depuis 2005, conformément au protocole signé le 15 décembre dernier. Un projet étalé sur trois ans qui prévoit la fusion des institutions de prévoyance des deux groupes en 2010, puis des structures employeurs en 2011 et, enfin, des associations sommitales AG2R Isica et Prémalliance fin 2012 qui conduira à la fusion des deux institutions de retraite complémentaire Agirc et des deux institutions Arrco. Enfin, la réorganisation du pôle mutualiste, composé actuellement de deux unions de mutuelles, occupe aussi une bonne place dans son agenda. « L’idée est d’avoir une seule union de mutuelles », indique-t-il. Ainsi, quand l’ensemble de ces chantiers seront finalisés, « la Sgam sera structurée autour de trois pôles : les institutions de prévoyance, la mutuelle d’assurances et l’union de mutuelles, souligne André Renaudin. Cela donnera une meilleure lisibilité et visibilité au groupe avec une gouvernance plus efficace, sous le pilotage de l’association sommitale ». L’objectif est également de gagner en compétitivité. A ce titre, le groupe a lancé un plan de productivité visant à « réduire nos coûts de 8 % à horizon 2011, selon André Renaudin. Mais en parallèle, nous continuons d’investir dans de nouveaux outils afin d’être plus performant ».

Cap sur les partenariats

Une efficacité indispensable pour accélérer le développement d’un groupe qui vient, contre toute attente, de mettre un bémol sur ses ambitions dans le cadre de son plan stratégique 2009-2011, à savoir une croissance de 20 % de ses cotisations pour atteindre le seuil des 16 milliards d’euros, dont 9,2 milliards en assurances de personnes. « Nous avons sans doute placé la barre un peu haut en termes de développement, confesse André Renaudin. Nous fixer des objectifs élevés est un parti-pris, qui s’est retrouvé accentué du fait de l’élaboration de notre plan d’entreprise avant la crise avec une hypothèse optimiste de croissance économique. Aujourd’hui, je pense qu’il sera difficile de tenir nos objectifs. Mais nous ne changeons pas de plan en cours de route. » Conscient que la croissance organique ne suffira pas pour satisfaire son ambition, André Renaudin mise désormais sur les partenariats. De fait, il travaille activement sur deux projets. Le premier, avec Réunica, concerne les activités de retraite complémentaire Agirc-Arrco qui ont accusé un léger déficit en 2009 et devront revenir à l’équilibre à horizon 2011. « L’idée est d’améliorer la performance de cette activité en mettant en commun des moyens, avance André Renaudin. Il s’agit de réaliser des économies de gestion de l’ordre de 10 millions d’euros dans le cadre du déploiement de l’usine retraite à horizon 2014. »

Plus ambitieux encore : l’alliance qu’André Renaudin doit finaliser avec la Macif en prévoyance-santé collective. « Les équipes travaillent déjà sur cinq grands chantiers et les principaux conseils ont donné leur feu vert à l’instruction du projet, qui pourrait aboutir d’ici à la fin de l’année », confie-t-il. Ce genre de partenariats pourrait se multiplier, afin de lutter à armes égales avec une concurrence exacerbée sur le marché des assurances de personnes. « C’est une des voies naturelles de développement des assurances de personnes dans l’économie sociale, poursuit-il. Je crois à la logique des regroupements. Le paysage français de l’assurance est encore relativement peu concentré, avec de nombreux acteurs de petite taille, et je ne crois pas que ce soit viable. La seule solution est de sortir par le haut avec des alliances. Cette logique de concentration est inéluctable, ce mouvement va se poursuivre et il n’y a aucune raison que nous n’y participations pas. AG2R La Mondiale a tous les atouts pour être un acteur attractif. » A ce titre, la croissance externe pourrait également tenter André Renaudin, même s’il dit n’avoir aucun projet en cours ni en tête. Pourtant, la présence de l’assureur néerlandais Aegon au capital de La Mondiale Participations peut constituer un atout dans cette démarche. « Il s’agit d’un partenariat autant financier qu’industriel qui nous donne la possibilité de faire des acquisitions en commun, reconnaît-t-il. De fait, nous avons déjà regardé des dossiers ensemble, même si rien n’a abouti pour l’instant. » Mais avant de songer à de tels projets d’acquisitions, André Renaudin doit encore finaliser la cohérence de son groupe.

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