L’avis de… Nicolas Bertapelle, associé du cabinet de conseil Jasmin*

« Ce mode de financement représentera 5 milliards d’encours en 2015 »

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi le prêt en « peer-to-peer » a-t-il mis tant de temps à exister en France ?

Ce concept est né dans les pays anglo-saxons où le droit repose sur des fondements très différents du droit applicable en France. La réglementation chez nous vise à mieux protéger les consommateurs et aussi, d’une certaine manière, les acteurs en place. Les innovations émergent plus lentement, c’est culturel, mais elles finissent par percer. Notre Observatoire de l’innovation à l’international regorge d’exemples. L’évolution actuelle est toutefois favorable à la nouveauté : les banques cherchent désormais des sujets où elles peuvent être pionnières pour profiter du potentiel de croissance d’un marché encore embryonnaire.

A combien est évalué le potentiel de croissance de ce mode de financement ?

Aujourd’hui, le prêt entre particuliers représente seulement 1 % des crédits aux particuliers, soit 2 milliards d’euros à fin 2009, mais on estime qu’il représentera 5 milliards d’encours en 2015, sans prendre en compte l’élargissement du « peer-to-peer » aux prêts entre entreprises. Du point de vue de l’investisseur, ce type de prêt peut être considéré comme un support de placement dont le taux de rendement est supérieur à celui des produits de court terme, et dont la vocation sociale ou solidaire est bien perçue. En outre, si les emprunteurs qui passent par ces sites sont encore une minorité « éclairée », le fondement même du « peer-to-peer » permettra d’élargir l’assiette des candidats au crédit qui ne trouvent pas aujourd’hui de réponse auprès des financeurs classiques.

Ces sites parviendront-ils à l’équilibre financier ?

L’équilibre passera par les volumes. Quant aux modèles économiques, ils devraient se rejoindre progressivement entre les plates-formes visant à aider les particuliers à contractualiser leurs prêts comme FriendsClear à l’origine, celles ayant avant tout une vocation sociale comme Babyloan, et celles à vocation financière ayant une dimension communautaire du type Prosper ou fonctionnant plus comme une place de marché, à l’image de Zopa ou de Lending Club, fondé par un Français.

Quel sera le rôle des banques dans le développement de ce modèle ?

Les banques restent incontournables car leur présence sécurise la perception de ce type d’offres par les prêteurs et parce que ces initiatives peuvent être bénéfiques pour leur image. A terme, certaines rachèteront probablement un site, d’autres créeront leur propre structure.

*Auteur de l’étude « L’alternative du peer-to-peer lending » (mars 2009)

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