L’avis de… Laurent Trichet, PDG de Sémaphore Conseil

« L’efficacité des fichiers existants reste difficile à démontrer »

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Vous avez réalisé une étude comparative sur les fichiers positifs en Europe*, quelles sont les pratiques les plus courantes ?

37 fichiers positifs et négatifs ont été étudiés dans 13 pays. Seuls la France et le Danemark ne sont pourvus que de fichiers négatifs. L’existence de fichiers positifs reste très encadrée et n’a pas entraîné de dérives, comme l’utilisation des données à des fins marketing et commerciales qui est quasiment toujours interdite. Les particuliers bénéficient d’un droit de consultation et de rectification. Bon nombre de pays, notamment ceux où la protection des données est importante, ont créé des fichiers positifs, souvent publics ou gérés par des pools bancaires régis par des codes de bonne conduite très stricts.

Qu’en est-il de l’adhésion et du tarif de consultation ?

Quand le fichier est public, les financeurs ont l’obligation d’y adhérer, de le consulter avant octroi et de le mettre à jour. Les fichiers privés fonctionnent sur le principe de réciprocité (contenu consulté proportionnel aux contributions). Quant à la tarification, elle inclut dans 60 % des cas un abonnement auquel s’ajoute un coût par téléchargement compris entre 0,18 et 0,6 euro hors dégressivité.

D’après votre étude, l’existence d’un fichier positif réduit-elle le risque de surendettement ?

Pour des raisons historiques et d’hétérogénéité des données entre pays, il est quasiment impossible de démontrer que l’existence d’un fichier positif permet de réduire le surendettement. A contrario, rien n’empêche d’affirmer que, dans les pays dotés de ce type de fichiers, l’augmentation des créances douteuses aurait pu être encore plus forte en leur absence. A nos yeux, l’efficacité d’un tel fichier et son acceptation par la société reposent aussi sur des choix en matière de gouvernance, de délais de mise à jour, de garde-fous interdisant les dérives, etc. Chaque pays analysé fourmille de pratiques intéressantes dont les décideurs français pourraient s’inspirer pour créer un système performant utilisé également comme outil de pilotage macroéconomique.

*Pratiques européennes sur les fichiers positifs et négatifs

(mars 2010)

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