L’assurance-crédit peut fournir un complément, sous condition

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Bien que relevant du Code des assurances, l’activité présente des synergies importantes pour le secteur bancaire.

Sous les feux de l'actualité, Coface. Malgré deux augmentations de capital destinées à son redressement, cette filiale à 100 % de Natixis (groupe BPCE) spécialisée dans l'assurance-crédit et l'affacturage pourrait être vendue ou scindée : « Elle ne fait pas partie des activités centrales de la banque », a précisé récemment Laurent Mignon, directeur général de Natixis.

De là à en conclure que l’assurance-crédit n’a pas sa place dans un groupe bancaire serait abusif. « Il existe des synergies particulières entre l'assurance-crédit et l'affacturage qui est, lui, largement dominé par les réseaux bancaires. Les 'factors' sont presque tous clients des assureurs-crédit, note un spécialiste du factoring. Ce qui montre bien que ces derniers n'ont pas la capacité d’être autonomes. Il n'est donc pas dénué de sens de vouloir orchestrer des coopérations banque/assurance-crédit. »

L’histoire de ces deux activités, l’une bancaire, l’autre d’assurance, n’est pourtant pas si claire. En 2005 par exemple, l'assureur-crédit néerlandais Atradius cédait ses activités d'affacturage au bancassureur Fortis : en dépit d'une croissance significative, le factoring n'était plus pour lui en situation d'atteindre une masse critique suffisante, alors que Fortis cherchait à renforcer ses positions dans l'affacturage.

Un peu plus loin dans le temps, en 1964, Euler Hermes (Sfac), filiale d'AGF (devenu Allianz France), s'était diversifié dans l'affacturage en créant la Société Française de Factoring (SFF). Mais en 1999, l'actuel leader mondial de l'assurance-crédit commençait à dénouer ses liens avec SFF en la cédant au Crédit Agricole qui la fusionnait avec Slifac pour donner naissance à Eurofactor. Avant de céder définitivement sa participation dans Eurofactor au même Crédit Agricole en 2004.

Dilution des risques

Les choix auxquels seraient poussées les banques par de nouvelles exigences réglementaires en capital rendraient-ils la ligne de partage avec les assureurs plus évidente ? « Pour tenter de répondre à cette question, il n'est pas possible de se livrer à une étude comparative de la rentabilité des fonds propres, précise Yves Poinsot, directeur France d'Atradius. Parce que, contrairement aux banques, les assureurs doivent impérativement être réassurés. Leurs engagements ne sont donc pas pris uniquement sur fonds propres, mais également sur leurs partenaires réassureurs. Ce qui leur permet d'organiser une dilution des risques. Une opportunité qui n'est pas offerte aux banquiers et rend impossible une comparaison des niveaux de fonds propres suffisants ou requis des assureurs-crédit avec ceux exigés des banquiers. »

En fait, « la vraie problématique qui se pose est celle de la complémentarité des structures en termes de segments de clientèles et de gammes de produits, poursuit Yves Poinsot. Or, en matière de prévention des risques - notre métier de base -, nous avons les mêmes préoccupations que les banquiers et, en définitive, exerçons le même métier. C'est donc avec eux que les synergies sont les plus fortes ».

Cela dit, dans ce domaine, qui parle de synergies parle aussi de systèmes d'information car l'accès aux clients et l'information constituent les poids lourds de ces métiers de services. Or, les formations et expertises des factors et des assureurs-crédit, bien que présentant de nombreuses ressemblances, sont souvent très différentes. Et dans le contexte actuel, il semble que les hommes qui exercent ces métiers n'arrivent pas (encore) à organiser une véritable convergence de culture en même temps qu'une mise en commun de leurs moyens. Mais ils disposent de vraies marges de progression.

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