Dossier GESTION DU POSTE CLIENTS

L’assurance crédit a payé un lourd tribut à la crise

le 28/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Les principales compagnies ont revu leur politique tarifaire et de souscription pour restaurer une rentabilité fortement dégradée.

Le choc a été d’une violence inégalée. » Les propos de Wilfried Verstraete, président du directoire d’Euler Hermes, résument parfaitement l’ampleur de la crise qui a frappé l’économie mondiale en 2009. Une crise dont les assureurs crédit ne sont pas sortis indemnes. La flambée des incidents de paiements et des défaillances d’entreprises - progression de 33 % dans le monde et de 11 % en France l’an dernier - a lourdement pesé sur les revenus et la rentabilité des principaux acteurs du secteur.

Fin septembre, Euler Hermes, filiale du groupe Allianz, a ainsi publié un résultat net de 0,9 million d’euros, en chute libre de plus de 99 % sur un an. Coface n’a guère fait mieux. Au premier semestre, le groupe français a accusé une perte de 103 millions d’euros, contre un bénéfice de 95 millions un an auparavant. L’explosion de la sinistralité a en effet contraint les compagnies à indemniser massivement les entreprises assurées. « En 2009, nous avons versé 700 millions d’euros de plus que les années précédentesau titre des sinistres, souligne François Meunier, directeur général adjoint de Coface. Dans ce contexte, difficile d’éviter un résultat technique déficitaire. » Preuve des difficultés rencontrées par la compagnie, sa maison mère Natixis a décidé, fin décembre, de procéder à une nouvelle augmentation de capital de 175 millions d’euros, après avoir injecté 50 millions d’euros en juillet. A l’issue de l’opération, prévue au premier trimestre, ses fonds propres devraient atteindre 1,25 milliard d’euros, contre 1,18 milliard au 31 décembre 2007. « Nous aurons ainsi un excédent de marge de solvabilité supérieur de 500 millions d’euros, précise François Meunier. Nous allons donc sortir de la crise avec un meilleur niveau de solvabilité qu’au début de cette crise. »

Mesures d’ajustement

Pour pallier la dégradation de leurs résultats, les compagnies ont rapidement pris des mesures d’ajustement, au grand dam de leurs assurés : réductions de garanties, hausse de tarifs, sélection accrue des risques. « La crise a fait suite à cinq années de croissance économique qui s’est traduite, pour les assureurs crédit, par de fortes augmentations de garanties et de fortes baisses de prix, explique Ludovic Sénécaut, président du directoire d’Euler Hermes Sfac, filiale française du groupe. Au total, notre rémunération du risque avait diminué de 40 % en cinq ans. Nous avons donc revu le prix du risque dès 2008 pour tenir compte de l’arrivée de la crise. » Pourtant, ces mesures ont tardé à porter leurs fruits, la faute à un temps de latence classique dans ce secteur entre leur mise en œuvre et leur efficacité. « En 2010, ces mesures produiront leur plein effet », estime toutefois Ludovic Sénécaut. Pour restaurer leur solvabilité et retrouver de bons niveaux de rentabilité, les assureurs crédit devraient renouveler de telles mesures en 2010. « Nous réajustons encore nos tarifs de 10 % à 15 % en moyenne », annonce ainsi François Meunier. Même constat chez Euler Hermes Sfac. « Nous ne sommes pas au bout des hausses de prix, mais celles-ci s’accompagnent d’une ouverture sélective en termes de risques », nuance Ludovic Sénécaut. Une démarche d’autant plus nécessaire que 2010 ne s’annonce pas forcément sous les meilleurs auspices. « Nous prévoyons un nombre de défaillances en France qui va rester, peu ou prou, au même niveau qu’en 2009 », estime Ludovic Sénécaut.

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