L'amélioration de la qualité des logiciels, nouvel enjeu dans l’industrie financière

le 14/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Des usines de tests permettent de renforcer les contrôles avant la mise en production. Une démarche rendue cruciale par le recours à l’externalisation.

Tandis que 44 % des projets informatiques sont livrés en retard, hors budget et ne remplissent pas toutes les fonctionnalités requises, près d’un quart échouent, sont annulés ou jamais utilisés, selon un rapport du Standish Group. Et l’industrie financière, fortement utilisatrice de logiciels, en pâtit forcément.

Aussi, dans ce domaine, des standards commencent à être élaborés et utilisés : « Peu à peu, une culture industrielle se met en place dans les directions des systèmes d’information (DSI) et chez les fournisseurs de progiciels, indique Claude Czechowski, président de CSC pour l’Europe de l’Ouest et du Sud. L’informatique de gestion se dote d’usines de tests afin de mieux contrôler les logiciels avant leur mise en production. » Parallèlement aux démarches de pilotage des processus et de gouvernance des systèmes d’information telles que CMMI (Capability Maturity Model Integration), Itil (IT Infrastructure Library) ou Six Sigma, de plus en plus utilisées dans les DSI, les normes Iso 9126 et Iso 25000 visent à définir les éléments constitutifs de la qualité logicielle : performance du code, transférabilité, évolutivité, robustesse et sécurité. Et des démarches qualité très concrètes sont mises en œuvre afin de délivrer des logiciels d’une qualité satisfaisante pour les utilisateurs, mais aussi pour les DSI.

Ainsi, « au cours des dernières années, douze des quinze plus grandes banques européennes ont mené avec notre cabinet des analyses de mesure de la performance de leurs systèmes d’information », témoigne Lyonel Rouast, président de Compass Management Consulting Europe. « L’enjeu est de libérer des ressources pour faire évoluer les applications et en développer de nouvelles, plutôt que pour corriger des défauts », explique Rémi Jacquet, country manager de Cast. Le logiciel de cet éditeur, qui vise à évaluer la qualité globale d’une application, a ainsi été mis en place chez SG CIB, dans le cadre d’une démarche qualité débutée en 2007. « Toutes nos applications étant basées sur différents langages et étroitement liées, il était important d’en avoir une vision globale », souligne Carlos Goncalves, responsable adjoint des systèmes d’information de SG CIB.

Améliorer la productivité

Par nature, une application est en effet généralement écrite en plusieurs langages : « On rencontre fréquemment une couche d’ergonomie écrite en langage HTML, des requêtes sur base de données en Java ou en SQL, et des programmes en C ou C++, détaille Rémi Jacquet. Tous les composants de l’application, une fois assemblés, interagissent et les différents analyseurs doivent pouvoir communiquer entre eux. » S’il existe des analyseurs de codes permettant d’évaluer chacun des composants d’une application, « l’avantage d’une solution telle que Cast est d’analyser la qualité globale de l’ensemble applicatif », poursuit Rémi Jacquet. Chez SG CIB, le logiciel a d’abord été testé sur une application comportant plus de 3 millions de lignes de codes, dont les forces et faiblesses étaient bien identifiées. Aujourd’hui, son utilisation a été étendue à six applications stratégiques. « Plus encore que les tableaux de bord produits par le logiciel, c’est le processus d’analyse qui est important », remarque Carlos Goncalves. Chez SG CIB, à l’issue du développement d’une application, une analyse est réalisée et destinée uniquement au chef de projet. Lors de la mise en production, un rapport définitif est réalisé, et communiqué cette fois au chef de projet ainsi qu’au management.

Et dans des organisations informatiques ayant de plus en plus recours à l’externalisation, les moyens de contrôle de la qualité deviennent indispensables. « La diminution des coûts obtenue grâce à l’offshore (externalisation à l’étranger) est essentiellement liée aux différentiels de salaires. La productivité en tant que telle est le prochain axe de comparaison », estime ainsi Pierre Bosche, directeur général de l’activité Intégration de systèmes d’Accenture pour la France et le Benelux. « Quand j’ai annoncé à un sous-traitant que je mettais en place le logiciel Cast, il a commencé à fournir de la meilleure qualité », relate ainsi un client de l’éditeur. La plupart des grands intégrateurs, tels Sopra, Atos, Capgemini, Accenture ou encore IBM, ont ainsi adopté le logiciel, auxquels s’intéressent également les intégrateurs indiens comme Infosys, Tata ou Wipro. D’autres logiciels existent sur le marché, comme celui de l’éditeur Compuware. En tant qu’industriels de l’informatique, les centres de services partagés ont donc tout intérêt à pouvoir se comparer, rapidement, au moyen d’un référentiel commun. « Il est essentiel de pouvoir analyser les éléments produits par ces centres au moyen de critères factuels. Cela rend la relation entre client et fournisseur plus transparente », insiste Patrick Rivière, directeur des opérations pour l’intégration de systèmes chez Atos Origin.

Outil d’analyse et de mesure

Dotées, pour des raisons historiques, de parcs applicatifs hétérogènes et relativement peu progicialisés, banques et assurances ont en outre entamé des démarches de rationalisation de leurs parcs informatiques. « Dans ce contexte, l’utilisation d’outils d’analyse des applications apporte un éclairage factuel sur leur durabilité, leur évolutivité, leur robustesse, observe Pierre Bosche. Cela permet de pacifier le débat lorsque des décisions stratégiques doivent être prises. » Ainsi chez Prédica, pôle assurance du groupe Crédit Agricole, lorsque la question s’est posée quant à la refonte d’un patrimoine applicatif, la plate-forme Cast a été utilisée pour poser un diagnostic. « Cela a permis de peser les avantages et inconvénients de deux scénarios. L’un consistait à faire évoluer les applications existantes, l’autre à les remplacer entièrement au profit d’autres technologies. Les mesures de qualité réalisées au moyen de Cast ont conduit à privilégier le premier scénario et permis de s’engager sur le suivi de la rénovation des applications existantes, atteste Renaud Hilleret, DSI de Predica. Le logiciel peut aussi servir à valoriser une cible et à porter un jugement sur l’opportunité d’une acquisition. »

Autre avantage de l’outil de l’éditeur fondé par le Français Vincent Delaroche, il pourra servir de base à l’automatisation du calcul du nombre de points de fonction, c’est-à-dire du nombre de fonctions unitaires rendues par une application. Ce nombre peut aussi servir à mesurer la qualité d’une application : « Le ratio du nombre d’anomalies détectées pour 1.000 points de fonction est l’un des indicateurs les plus pertinents. Dans le cadre des contrats de TMA (‘tierce maintenance applicative’, NDLR), le point de fonction devient le juge de paix de la facturation », estime Jean-Benoit Chauveau, associé du cabinet Tiefree Partners. Une facturation qui devrait donc tenir compte, et de façon de plus en plus objective, de la qualité des logiciels produits. Et ce d’autant plus qu’un consortium pour la qualité logicielle, le CISQ (Consortium for IT Software Quality), vient de se constituer, avec pour objectif de définir et de promouvoir très rapidement des standards partagés dans ce domaine (voir le schéma).

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