Entretien avec... Jean-Christophe Mieszala, directeur associé senior responsable du pôle finance et gestion du risque chez McKinsey

« Il y a eu à ce jour beaucoup moins de défauts que prévu »

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Dans cette crise des « actifs toxiques », quels modèles de « bad banks » vous ont semblé les plus efficaces en Europe ?

Nous n’avons pas de recul pour déterminer si tel ou tel modèle de cantonnement a été plus efficace. Les objectifs étaient aussi différents. Certains pays comme la France, l’Italie ou la Pologne n’ont pas eu besoin d’intervenir sur cet aspect-là du soutien aux banques. Par ailleurs, l’Europe n’avait pas d’autres prérogatives que les questions de concurrence en l’absence, jusqu’alors, de supervision bancaire. Cela va changer désormais, suite au rapport Lamfalussy.

N’est-ce pas ce qui explique des comparaisons difficiles ?

Pas uniquement. Premièrement, il n’y a pas de définition pour les « actifs toxiques », même si on y a placé généralement les actifs pour lesquels la probabilité de défaut ou le risque de mark-to-market étaient trop importants (crédits subprime et autres ABS - asset-backed securities - ; « structurés de crédits »). Certaines banques ont également pu y mettre des actifs moins stratégiques. Deuxièmement, les établissements doivent s’appuyer sur les normes comptables IFRS, mais ont aussi eu le choix des nomenclatures entre les actifs destinés à être conservés jusqu’à maturité, ceux destinés à être revendus, ou disponibles à la vente, etc. Cela a laissé pas mal de latitude dans les évaluations, également selon les interprétations des commissaires aux comptes ou des régulateurs. La valeur est difficile à apprécier lorsqu’il n’y a plus de marché, comme ce fut le cas en 2008 et 2009. En outre, les portefeuilles ont été composés d’actifs très différents, plus ou moins risqués selon les typologies, dates d’émissions, géographies, stratégies de cantonnement, etc. D’où des décotes très variables en pleine crise, et des possibilités de « réappréciations » désormais.

Etes-vous plutôt optimiste ?

Les « vrais » défauts ont porté à ce jour sur à peine 20 % des actifs dépréciés. Aujourd’hui, il n’y a plus de situations inconnues du point de vue qualitatif. Les questions commencent, prudemment, à porter sur des réévaluations quantitatives. Les interventions publiques ont été efficaces, ce qui permet de limiter et d’étaler les taux de défaut. Or, on retrouve des investisseurs qui, en l’absence de rendement sur d’autres classes d’actifs ou pour compenser des positions asymétriques, peuvent s’intéresser à ces « actifs risqués ». Pour les actifs en gestion extinctive, les banques européennes ont aussi passé des provisions qui semblent suffisantes en l’absence de nouveau choc financier, même si on ne peut exclure des cas problématiques.

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