Entretien avec... Michel Aglietta, professeur à l'Université Paris Ouest*

« Il faut limiter le levier et imposer la transparence aux hedge funds »

le 11/02/2010 L'AGEFI Hebdo

De quelle manière et par quels canaux de propagation les « hedge funds » représentent-ils un risque systémique ?

Nous avons eu un aperçu très net du risque systémique inhérent aux hedge funds avec la faillite de LTCM d’abord, et plus récemment avec leur rôle dans la crise financière. En période de grand stress, pour se protéger de leurs problèmes propres, les hedge funds les reportent sur d’autres acteurs que sont les prime brokers, qui leur accordent du financement et du levier, et les investisseurs institutionnels, qui leur apportent du capital. De la sorte, les hedge funds forment un chaînon de transmission des crises et créent un processus de contagion qu’ils amplifient eux-mêmes, car pour faire face à une dégradation de leur bilan, une liquidité raréfiée ou le retrait des investisseurs, ils sont obligés de vendre des actifs en chaîne, déstabilisant ainsi les marchés. Dans ces moments de stress, ils adoptent tous la même stratégie et l’on découvre que grands et petits fonctionnent en meute mimétique.

Pourquoi ces institutions financières sont-elles non régulées ?

Jusqu’à la fin du XXe

siècle, les hedge funds relevaient de la gestion privée et, comme tels, n’étaient pas régulés. Depuis quelques années, ils sont devenus une classe d’actifs pour les investisseurs institutionnels, mais sont restés non régulés et sans définition juridique précise. A cela s’ajoute une conviction idéologique forte des régulateurs dont témoigne Bâle II qui se préoccupe peu du hors bilan des banques. Le prétexte était que les marchés ne peuvent pas être pris en défaut et que les banques gèrent les perturbations provisoires sur les marchés

en réallouant leurs portefeuilles.

Quelles sont les options pour réguler les « hedge funds » ?

Elles sont au nombre de trois. Limiter le levier directement auprès des hedge funds avec contrôle d’un régulateur ou indirectement par le truchement des banques d’affaires qui leur prêtent en leur imposant plus de capital réglementaire ou plus de liquidité. Imposer la transparence des fonds. Au prétexte que ce sont des entreprises innovatrices et qu’ils doivent protéger leur rente d’innovation, ils échappent à toute obligation de divulguer des informations sur leurs activités. Les investisseurs n’ont aucun moyen de les surveiller et n’exercent pas la discipline de marché. Il faut plus de transparence et imposer aux hedge fundsde transmettre des informations au régulateur de marché et par cet intermédiaire auprès du Conseil du risque systémique. Enfin, mettre un terme à l’asymétrie qui existe dans la relation investisseurs-hedge funds à propos des commissions. Comme vous le savez, suivant un contrat standard devenu la norme, un fonds s’adjuge 20 % de la performance mais il ne subit aucun malus en cas de perte. Cette pratique pousse à la prise de risque maximale.

*Co-auteur, avec Sabrina Khanniche et Sandra Rigot, du livre « Les hedge funds, entrepreneurs ou requins de la finance ? » - Editions Perrin

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