L’avis de... Mark Sinsheimer, consultant indépendant, président honoraire et responsable de la commission Ethique de l’association CFA France

« Il faut éviter les relations ambivalentes »

le 07/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Quel est le niveau de transparence sur la rémunération des distributeurs de fonds ?

Les rétrocessions de frais ont l’avantage de créer un marché dynamique, car elles motivent les distributeurs sur la durée. S’ils ne sont rémunérés que par les droits d’entrée, le risque est qu’ils fassent tourner les portefeuilles, comme ce fut le cas aux Etats-Unis et au Japon, personne ne se souciant des intérêts à long terme du client. En France, les OPVCM sont diffusés par les banquiers, assureurs et conseillers financiers qui misent sur une relation de long terme. Toutefois, la plupart des clients ne mesurent toujours pas les frais indirects en dépit de l’apparition du total de frais sur encours dans le prospectus simplifié. Ils ne perçoivent pas non plus les possibles conflits d’intérêts suscités par les rétrocessions ou par les défis commerciaux qui incitent les vendeurs à placer certains produits en priorité.

Les distributeurs doivent-ils être transparents sur ce point auprès de leurs clients ?

Depuis l’entrée en vigueur de la directive MIF (Marchés d’instruments financiers, NDLR), les distributeurs doivent tenir leurs clients informés de leur mode de rémunération, mais le font-ils réellement ? Cela permettrait de clarifier les choses et justifierait l’introduction d’un nouveau modèle de rémunération du conseil. L’investisseur serait alors certain que son conseiller défend bien ses intérêts. Le souscripteur doit savoir s’il est face à un vendeur payé pour vendre ses produits ou s’il parle à un véritable conseiller qu’il doit alors rémunérer directement. Aux Etats-Unis, les « fee only advisers » (conseillers rémunérés par honoraires, NDLR) constituent déjà 5 % à 10 % du marché. On constate qu’ils conseillent des produits beaucoup moins chers ou encore qu’ils négocient des rétrocessions en faveur du client.

Qu’est-ce qui pourrait faire évoluer la situation en France ?

La France, elle, n’a pas connu de scandale dû à la collusion entre sociétés de gestion et distributeurs, il n’y a donc pas de conscience réelle de la nécessité d’évoluer. En revanche, nous ne sommes pas au niveau des meilleurs standards de gouvernance des OPCVM et nous pâtissons de la faiblesse du marché institutionnel. Il demeure, sur le marché de détail, un grave déséquilibre d’information au détriment des investisseurs. Une vraie transparence sur la rémunération comme sur les conflits d’intérêts est essentielle.

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