Entretien avec... Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique

« Il faudra marcher sur les deux jambes, régulation et taxation »

le 10/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Faut-il affecter la taxe bancaire au budget de l’Etat ou à un fonds spécifique ?

Tout dépend de ce que l’on veut en faire. La taxe est à la fois destinée à éviter que les contribuables paient et à faire face à des crises systémiques. Dans le premier cas, on privilégie un fonds de soutien et dans l’autre, l’affectation au budget de l’Etat. En définitive, l’un n’exclut pas l’autre. Les banques doivent payer des primes d’assurance qui ressemblent à des taxes, pour assurer les clients en cas de faillites des banques. Il faudra aussi réfléchir à bien articuler les fonds de soutien des banques avec les fonds de garantie des dépôts.

Ne faut-il pas commencer par mettre en place les réformes prudentielles avant d’envisager une taxe bancaire ?

Je ne pense pas. On est en train de mettre en place un ratio de liquidité, d’améliorer la solvabilité et de réfléchir à la contribution de la finance à la crise et à la sortie de crise. Il faut ouvrir les différents fronts en même temps, parce qu’il faudra marcher sur les deux jambes, régulation et taxation. Plutôt que d’envisager de mettre en place le prudentiel avant, je suis pour que les discussions soient menées en parallèle. Je redoute, si l’on fait les choses successivement, que l’on courre vraiment au devant de problèmes dans la perte de cohérence du système. Cela dit, cela n’empêche pas que les horizons d’application diffèrent dans le temps.

Certains redoutent-ils le risque que ce soit l’utilisateur final qui paie la facture ?

En effet, il faut se demander si les banques seront en mesure, compte tenu des conditions de la concurrence, de répercuter les coûts de cette taxe dans les taux d’intérêt sur les crédits ou sur les dépôts. Le débat de la taxation bancaire est à relier à celui des structures bancaires. Quelles sont les banques qui, en fonction de leurs parts de marché, seront en mesure de répercuter les coûts ? Cela va dépendre de la concurrence effective sur le marché des services bancaires.

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