HSBC l’asiatique tourne le dos aux marchés anglo-saxons

le 19/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Le groupe britannique renoue avec ses racines. Sur fond de trimestriels encourageants, il réaffirme son intérêt pour les marchés émergents.

Si la communauté financière avait encore quelques doutes, la publication d’un compte-rendu de résultats trimestriels par HSBC le 10 novembre a fini de la convaincre de la dichotomie du paysage bancaire britannique. La première banque européenne en termes de capitalisation boursière a en effet annoncé que son bénéfice courant est apparu, au troisième trimestre, « nettement supérieur » à celui de la période correspondante de l’an dernier. Et même si les bénéfices trimestriels de HSBC sont en baisse par rapport à 2008 lorsqu’on y inclut les pertes liées à la valeur de marché de sa propre dette, la place londonienne applaudit malgré tout : le titre du groupe bancaire gagnait 4 % le jour de l’annonce. « On trouve d’un côté les banques partiellement nationalisées, à l’image de RBS ou de Lloyds Banking Group (LBG), et de l’autre les banques indépendantes, comme Barclays ou HSBC, rappelle Marjan Riggi, analyste crédit chez Moody’s. Pour autant, ces deux dernières n’obéissent pas aux mêmes modèles économiques : alors que Barclays est très investie dans la banque d’investissement, HSBC possède aussi une banque de dépôt significative, en particulier au Royaume-Uni. »

Une diversification opportune

Pour expliquer ces bons résultats, Michael Geoghegan, directeur général du groupe HSBC, a invoqué « un modèle économique hautement diversifié, une stratégie claire et sans changement, ainsi qu’un focus sur les fondamentaux bancaires ».Véritable locomotive, le pôle de financement et d’investissement GBM (Global Banking and Markets), qui avait multiplié par 2,3 son résultat avant impôts à 6,3 milliards de dollars au premier semestre, continue de donner satisfaction même si le directeur financier du groupe, Douglas Flint, reconnaît que la performance n’était pas aussi forte qu’au premier semestre. « HSBC est entré dans la crise financière dans une bien meilleure forme que ses principaux concurrents et la banque continue encore aujourd’hui à bénéficier de cet avantage », avance Keith Bowman, analyste actions auprès de Hargreaves Lansdown. La banque, qui a levé 12,5 milliards de livres en mars dernier, est même parvenue à augmenter ses ratios de solvabilité : son core Tier one (fonds propres durs) est ainsi passé à 9 % au troisième trimestre.

La bonne nouvelle est également venue des Etats-Unis : les charges liées aux pertes de crédit dans les activités de crédit à la consommation y ont enregistré leur première baisse d’un trimestre sur l’autre depuis le début 2006 et sont revenues à leur plus bas niveau depuis plus d’un an. HSBC Finance Corp, cette activité de prêts aux particuliers acquise par HSBC en 2003 à la suite du rachat de Household, est aujourd’hui en voie d’extinction (run-off) et les analystes continuent toujours de s’interroger sur le devenir de ces opérations : « Franchement, les pertes liées à la stratégie de sortie dans ce portefeuille géré en ‘run-off’ restent du domaine de l’inconnu, souligne Robert Law, analyste de Nomura. Suivre les tendances trimestrielles comme nous l’avons fait par le passé ne s’est révélé d’aucune utilité. Pour autant, nous estimons que les coûts de sortie de ces opérations doivent décliner. » La banque, qui n’a jamais fait mystère de vouloir réduire son exposition aux prêts personnels outre-Atlantique, a annoncé la vente à l’unité américaine de l’espagnole Santander d’un portefeuille de prêts automobiles et des services pour 90 % de sa valeur, soit 904 millions de dollars. Mais certains observateurs doutent encore que le geste soit suffisant : « Il est à craindre que lorsque les Etats-Unis retireront leurs paquets de stimulus économiques, le nombre de créances sur les prêts recommencera à croître, ce qui pourrait avoir un impact sur les créances douteuses enregistrées par le groupe bancaire », estime Keith Bowman.

La ruée vers l’Est

Outre les Etats-Unis, le redimensionnement de la banque touche aussi l’Europe. Le groupe, qui a supprimé 1.700 emplois depuis décembre outre-Manche, va encore réduire d’autant ses effectifs en Grande-Bretagne, conséquence de la restructuration du réseau d’agences et de la consolidation des activités carte de crédit et recouvrement. Ce redimensionnement de certains métiers doit ainsi permettre d’assurer le rééquilibrage du groupe vers les pays émergents, dont Michael Geoghegan assure qu’ils seront « le moteur de la reprise mondiale ». Pour bien enfoncer le clou, le directeur général a annoncé son intention de s’installer à Hong-Kong à compter du mois de février prochain, même si le siège de HSBC demeurera à Londres pour des raisons fiscales. Une introduction boursière sur le marché chinois a également été évoquée : non pas pour lever une somme d’argent importante, indique le directeur général du groupe, mais bien plutôt « pour signaler clairement l’engagement sur le long terme de HSBC à l’égard de la Chine ».

Selon des statistiques publiées par la commission de régulation bancaire en Chine (China Banking Regulatory Commission), la part de marché des banques étrangères en Chine n’aurait guère évolué au cours des dernières années, en passant de 1,5 % des actifs en 2003 à 1,9 % au début 2009. Selon les observateurs, HSBC retiendrait une exposition comprise entre 1 % et 1,5 % des actifs de ce marché bancaire, comparé à seulement 0,2 % pour son principal concurrent, Standard Chartered. Les potentiels de croissance au sein du marché bancaire chinois sont considérables. « On peut illustrer ce potentiel par une simple comparaison : à la fin de l’année 2007, le système bancaire chinois, mesuré par le nombre de ses actifs, était d’une taille similaire à celui des Pays-Bas alors que la population chinoise y est 80 fois plus importante », remarque Jonathan Newman, analyste de Brewin Dolphin.

HSBC a d’ores et déjà avancé ses pions : le groupe, qui possède une participation majoritaire dans la deuxième banque de Hong-Kong, Hang Seng Bank, envisage de détenir 100 agences sous enseigne HSBC sur ce marché d’ici à la fin de l’année. Les opérations de croissance externe ne sont pas exclues : si le singapourien OCBC lui a finalement soufflé l’acquisition des opérations de banque privée d’ING dans la région asiatique, HSBC aurait d’autres cibles en vue. Selon la presse britannique, le groupe se disputerait avec Standard Chartered la banque de détail et commerciale de RBS en Chine, Inde et Malaisie pour une opération estimée aux alentours de 350 millions de dollars. Les opérations de concentration ne devraient donc pas manquer dans les prochains mois.

A lire aussi