Generali clarifie sa gouvernance, pas ses ambitions

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

La nouvelle direction veut croître à l’international mais ne dit ni où ni comment.

A l’issue de son assemblée générale du 24 avril, Generali a tourné une page importante de son histoire. Après 37 ans passés au sein de l’assureur italien, Antoine Bernheim, 85 ans, a tiré amèrement sa révérence, cédant son poste de président à Cesare Geronzi, ancien président de la banque d’affaires Mediobanca, premier actionnaire de Generali. « Allez interroger les vedettes. Les vedettes ce sont les nouveaux administrateurs. Il ne faut pas interroger les perdants », a-t-il déclaré en quittant l’assemblée générale avant son terme.

S’il n’a pas manqué d’adresser quelques piques à l’attention de Mediobanca, Antoine Bernheim a aussi profité de cette journée pour mettre le doigt sur les enjeux stratégiques que va devoir relever la compagnie. Il a notamment reproché à la banque d’affaires d’avoir bridé le développement de Generali en lui refusant à plusieurs reprises une augmentation de capital qu’il jugeait nécessaire pour son expansion en Asie ou au Brésil, des territoires où il avait « plusieurs idées d’opérations ». Et de prévenir son successeur : « Une compagnie qui ne fait pas de croissance externe est condamnée à mort. » Derrière ces critiques se cachent des questions fondamentales : quels sont les futurs relais de croissance de la compagnie et comment assurer le financement d’éventuelles acquisitions ?

Pour l’heure, la nouvelle direction n’y a pas vraiment apporté de réponse tangible. Un brin désinvolte, Cesare Geronzi s’est contenté d’énoncer quelques généralités. « Je souhaite que la compagnie poursuive sa politique de développement et renforce ses positions dans les différents pays où elle est présente, en améliorant sa rentabilité et son efficacité », a déclaré ce novice dans l’assurance.

La Russie, un marché attractif

Pourquoi, dès lors, une telle remise à plat de la gouvernance de Generali  ? Ce changement d’homme doit avant tout être analysé comme une reprise en main de la compagnie par Mediobanca. Même si la banque d’affaires a toujours fait la pluie et le beau temps chez l’assureur, « Antoine Bernheim n’a pas toujours été aligné sur la politique de son principal actionnaire », confie un proche du dossier. La Mediobanca a donc placé ses hommes au sommet de l’organigramme. Cesare Geronzi est ainsi épaulé par trois vice-présidents, contre un seul pour son prédecesseur, dont Alberto Nagel, administrateur délégué de Mediobanca, et Vincent Bolloré, représentant des actionnaires « européens » de la banque (voir le schéma). Pourtant, ni Cesare Geronzi, ni les trois vice-présidents n’auront de rôle exécutif. Les responsabilités opérationnelles restent de fait dans les mains des deux administrateurs délégués, aux commandes depuis 2002 : Sergio Balbinot, en charge de l’international, et Giovanni Perissinotto, promu unique directeur général du groupe et, à ce titre, seul responsable des décisions opérationnelles.

Ainsi encadré, le troisième assureur européen aura-t-il la capacité de se fixer un nouveau cap ? Les analystes ne cachent pas leurs attentes. Le précédent plan triennal de Generali est arrivé à son terme l’an dernier sans qu’une nouvelle feuille de route ait été dévoilée. « Il y a un vrai besoin de clarification sur la stratégie du groupe », avance un analyste financier parisien. Un autre déplore « le manque de visibilité sur ses perspectives de croissance ». Autant dire que, à l’heure où de grands noms du secteur ont repris leur marche en avant, à l’instar de Prudential en passe d’acquérir les activités asiatiques d’AIG ou d’Axa qui cherche également à se renforcer en Asie dans le cadre du dossier Axa Asia Pacific Holding, Generali devra sortir du bois sans tarder.

Pour l’heure, Cesare Geronzi n’a identifié qu’un seul objectif prioritaire : le développement à l’international. « La volonté de croître sur les marchés étrangers est un engagement fondamental et je le poursuivrai vivement », a-t-il déclaré. Mais il s’est montré peu disert sur des objectifs précis et les moyens à mettre en œuvre, évoquant de manière sibylline des « intentions sérieuses en Russie », où Generali détient 38,5 % de la compagnie Ingosstrakh. « La Russie est un marché très attractif car l’assurance y est encore très peu développée », a expliqué Sergio Balbinot. Le groupe a d’ailleurs déclaré qu’il souhaitait reprendre les négociations avec l’oligarque russe Oleg Deripaska, premier actionnaire d’Ingostrasskh, afin d’obtenir la majorité du capital.

L’enjeu de la diversification géographique est pourtant loin d’être anodin si Generali veut combler son retard sur ses principaux concurrents européens, à savoir Allianz et Axa. « Malgré le développement de positions dans les pays émergents, la compagnie apparaît moins diversifiée que certains de ses concurrents », observe un analyste. De fait, l’italien s’avère très concentré sur l’Europe continentale, réalisant plus de 73 % de ses revenus sur son marché domestique, en France et en Allemagne, plutôt atones. Sous l’ère Bernheim, le lion de Trieste n’a pas ménagé ses efforts d’expansion géographique, mais sans opération de croissance externe majeure. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, sa coentreprise avec la société financière tchèque PPF lui a permis de se renforcer dans plusieurs marchés de la région.

En Asie, le groupe est ainsi présent en Chine - où il revendique le titre de deuxième opérateur étranger en assurance vie -, en Inde et, depuis 2009, au Vietnam. Mais ces positions délivrent encore des performances modestes, voire anecdotiques. A fin 2009, l’Europe de l’Est ne représentait que 5,5 % des primes totales du groupe et l’Asie seulement 0,9 %. Pour croître sur ces marchés, la croissance organique ne saurait suffire et Generali ne pourra vraisemblablement pas faire l’économie d’acquisitions. « C’est une priorité pour tout le groupe, a d’ailleurs indiqué Giovanni Perissinotto. Jusque-là, nous avons privilégié la croissance organique. Mais Solvabilité II va porter sur le marché des cibles à des prix équitables. » Encore faut-il que le groupe se donne les moyens de ses ambitions en trouvant le financement adéquat.

Pas d’augmention de capital

Si la compagnie a la capacité de réaliser de modestes opérations avec ses seuls fonds propres, « elle devra en revanche, pour des acquisitions plus significatives, faire une augmentation de capital », juge un analyste. Certes, le groupe a plutôt bien résisté à la crise et sa solidité financière s’est amélioré l’an dernier (lire l’entretien). Mais si son bilan n’est pas le plus mauvais du secteur, il est encore loin d’être le meilleur et la compagnie est confrontée à un problème de sous-capitalisation. Ses fonds propres ressortent à 16,65 milliards d’euros lorsque ceux d’Allianz et d’Axa s’élèvent respectivement à 40,2 milliards et 46,2 milliards. Le constat est le même sur le plan de la solvabilité. Alors que le ratio de solvabilité ressort à 171 % chez Axa et à 164 % chez Allianz, celui de Generali n’est que de 128 %.

En d’autres termes, sans faire appel au marché, les marges de manœuvre de Generali restent limitées. Pourtant, « aucune augmentation de capital n’est prévue à court terme », a annoncé Cesare Geronzi, sans toutefois s’engager sur une plus longue période. Le groupe évolue donc dans un océan d’incertitudes quant à sa stratégie et son développement. Des incertitudes qu’il faudra rapidement lever sous peine d’être sanctionné par un marché qui estime, pour l’heure, que le groupe « n’a pas forcément d’histoire à raconter ».

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