Deutsche Bank, numéro un de la gestion de fortune en zone euro

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Le groupe rééquilibre son modèle avec l’intégration de Sal.Oppenheim. Mais il doit donner des gages à une clientèle qu’il peut effrayer.

Sal.Oppenheim devient Sal.Ackermann » : c’est en ces termes que la presse allemande annonçait la semaine dernière le rachat définitif par Deutsche Bank de ce qui était il y a encore six mois « la première banque privée indépendante d’Europe ». Pour le numéro un de la finance allemande et son patron Josef Ackermann, cette acquisition s’inscrit dans une longue liste de transactions destinée à renforcer sa position dans les activités dites stables de la gestion de fortune et de la banque à réseau. Avec Sal.Oppenheim, Deutsche Bank fait une entrée spectaculaire sur le marché de la gestion de patrimoine pour une clientèle privée fortunée. La banque fondée en 1789 à Cologne disposait fin 2009 de 137 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Additionné au portefeuille de Deutsche Bank de 164 milliards d’euros, cette acquisition permettra donc à l’établissement de Francfort de faire un bond dans le classement des gérants de fortune, occupant désormais la première place dans la zone euro et la troisième position en Europe derrière UBS et Credit Suisse.

Convalescence

Les activités dans la banque d’investissement de Sal.Oppenheim ont été revendues à la banque australienne Macquarie. Son ancienne filiale BHF, spécialisée elle aussi dans la gestion de patrimoine, va continuer ses activités séparément avant d’être vendue également. Les analystes saluent le rachat du gérant de fortune et le qualifient de « pas supplémentaire » de Deutsche Bank pour rééquilibrer son modèle d’entreprise toujours très dépendant de sa branche d’affaires qui génère deux tiers de ses bénéfices. Pour Konrad Becker, analyste chez Merck Finck, la transaction se justifie aussi par son prix, fixé à un milliard d’euros. « C’est vraiment bon marché », dit-il, estimant qu’avant la crise, il aurait fallu débourser « trois à quatre fois plus ». Mais Sal.Oppenheim était en mauvaise posture. Après une série d’investissements ratés, comme dans le groupe de distribution et de tourisme Arcandor qui a fait faillite l’an dernier, la banque avait accumulé plusieurs centaines de millions d’euros de pertes, l’obligeant à la fin de l’été dernier à appeler Deutsche Bank au secours. L’exercice 2009 s’est achevé sur une perte, la première depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. En incluant les mesures de recapitalisation de Sal.Oppenheim, la transaction devrait coûter au final quelque 3 milliards d’euros, estiment les analystes. Une somme que Deutsche Bank peut payer sur son trésor de guerre, sans avoir à lever des capitaux nouveaux.

Continuité

Pour permettre un renouveau, les dirigeants en place et actionnaires de Sal.Oppenheim ont dû quitter leurs fonctions dès le début de l’année, y compris Christopher von Oppenheim, l’un des descendants de la famille fondatrice. Pour éviter de contrarier une clientèle extrêmement sensible, parmi laquelle figure le gotha des grandes familles allemandes, Deutsche Bank avance à pas comptés et mise sur la continuité. « La fin d’une tradition familiale ne signifie pas la fin de la banque », s’est empressé de dire le nouveau dirigeant de Sal.Oppenheim, Wilhelm von Haller, aristocrate et ancien directeur de Deutsche Bank. Il a promis que « l’identité, les valeurs, la culture et la qualité du service de Sal.Oppenheim seront préservées ». C’est pourquoi la banque va garder son nom, son autonomie et son cœur de métier. Pierre de Weck, directeur de Deutsche Bank, responsable de la gestion de fortune de l’ensemble du groupe, assure que les deux marques, Sal.Oppenheim et Deutsche Bank Wealth Management, seront placées en situation de concurrence. Mais le pari est loin d’être gagné. « Les banques privées vont naturellement essayer d’attirer des clients de Sal.Oppenheim parce que les grandes fortunes cherchent la discrétion et l’indépendance », estime Konrad Becker. 

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