La consolidation des Landesbanken relancée dans la douleur

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

BayernLB et WestLB devront apporter la preuve de la viabilité de l’entité fusionnée. Leur mouvement pourrait concerner d’autres banques régionales.

L’éventuel mariage de BayernLB et de WestLB ravive l’espoir d’une résurgence du processus de consolidation des banques régionales allemandes (Landesbanken). Toutefois, la restructuration de ces établissements particulièrement malmenés pendant la crise est loin d’être gagnée. Alors que les pourparlers viennent à peine de commencer, le commissaire européen à la Concurrence Joaquin Almunia met en garde contre la tentative de considérer la fusion comme « seul remède » aux problèmes, car l’union de deux acteurs en pleine restructuration ne donnera pas automatiquement naissance à une banque compétitive. « L’objectif principal d’un tel processus est de créer un établissement fiable, doté d’un modèle d’entreprise viable et respectant le principe de la libre concurrence », a-t-il affirmé, soulignant que « la Commission évaluera alors si l’entité fusionnée est capable de restaurer sa viabilité à long terme ». Autrement dit, la fusion est loin de recevoir l’aval de Bruxelles.

Même son de cloche de la part de Moody’s dont les experts restent très réservés quant au bien-fondé du rapprochement entre BayernLB et WestLB : les risques d’intégration sont grands. « D’un point de vue stratégique, (cela) ne résoudra pas tous les problèmes », explique l’agence de notation.

Les dirigeants de WestLB n’ont pourtant plus de temps à perdre. Lors de la crise début 2009, Bruxelles avait soumis son feu vert aux aides octroyées à la banque de Düsseldorf à la condition qu’elle change de propriétaire d’ici à la fin 2011. Pour y parvenir, elle vient de se défaire de ses actifs toxiques : quelque 77 milliards ont été transférés dans une structure de défaisance (bad bank), la première du genre en Allemagne (lire aussi L’Evénement page 8). Délestée de cette charge, WestLB a reçu l’accord du nouveau gouvernement de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’un de ses propriétaires à côté des caisses d’épargne, pour se lancer activement à la recherche d’un partenaire. Il en va de même des caisses d’épargne qui cherchent depuis longtemps à vendre leur participation (51 %) dans cet établissement à problèmes.

Un seul contre huit

Parallèlement à ce projet de fusion, la Rhénanie a chargé un ancien parlementaire d’enclencher un processus de cession de WestLB, y compris auprès de banques et d’investisseurs étrangers. Sa mission s’avère d’autant plus difficile que Berlin souhaite saisir l’occasion de la consolidation pour bâtir une grande banque publique, capable de rivaliser avec les deux établissements privés, Deutsche Bank et Commerzbank. Le gouvernement se rapproche ainsi de la position des caisses d’épargne qui réclament depuis longtemps de réunir les huit Landesbanken encore indépendantes en un seul établissement central.

Toutefois, les moyens de pression de Berlin sont limités, car les Landesbanken sont traditionnellement placées sous la tutelle des régions, leurs principaux actionnaires. Pour les Länder, il s’agissait d’un important instrument de politique industrielle, permettant de soutenir les PME dont l’accès aux crédits est parfois difficile. Mais depuis la crise, les choses ont changé. Victimes d’actifs toxiques, la plupart des banques régionales ont dû appeler à l’aide leurs principaux actionnaires. Or, les régions, accablées de dettes, veulent maintenant récupérer leur argent. Certaines y voient aussi un moyen de renforcer leur propre banque. Ainsi, la Hesse a proposé à WestLB de se rapprocher de la banque Helaba de Francfort pour former le nouveau numéro trois de la finance allemande. 

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