L’homme clé, Henri de Castries, président du directoire d’Axa

Une certaine flexibilité financière pour saisir les occasions de croissance externe

le 26/11/2009 L'AGEFI Hebdo

L’année 2009 a une saveur toute particulière pour Henri de Castries. Le 1erseptembre, le président du directoire d’Axa a en effet fêté ses vingt ans au sein de la compagnie. Mais le meilleur est à venir. Dans le cadre du changement de gouvernance annoncé par le groupe - abandon de sa structure duale à directoire et conseil de surveillance pour une formule à conseil d’administration -, il deviendra PDG à l’issue de l’assemblée générale du 29 avril 2010. A 55 ans, presque dix ans après avoir succédé à Claude Bébéar à la tête d’Axa, Henri de Castries devient ainsi seul maître à bord. « C’est un raccourci qui tourne au contresens, souligne-t-il, un brin agacé. Ce changement permettra de renforcer la responsabilité du patron et des administrateurs. Nous avons envie d’accélérer le déploiement de notre stratégie et une telle gouvernance doit nous permettre d’avoir des discussions plus approfondies et, le cas échéant, d’être plus réactifs. Mais Axa, c’est d’abord une équipe de dirigeants. » Ce choix constitue pourtant une consécration pour ce diplômé de HEC, énarque et ancien inspecteur des finances, qui a su s’imposer comme la figure de l’assurance en France. C’est surtout une manière de saluer le travail accompli durant la crise financière. Axa a plutôt mieux résisté que la plupart des autres assureurs. Contrairement à certains de ses concurrents européens, tels Allianz, Aviva ou Aegon, le français a fini son exercice 2008 avec un bénéfice de 923 millions d’euros. Pourtant, le groupe n’a pas été épargné : chute vertigineuse du cours de Bourse, perte de 1,2 milliard au second semestre 2008, décollecte massive en gestion d’actifs et abandon des objectifs chiffrés de son plan « Ambition 2012 ». « On sait que les crises peuvent toujours ébranler les organisations en place. Il faut accepter l’idée que les choses ne se passeront pas toujours comme vous l’avez prévu, explique-t-il. Même si vous avez un bon bateau et un bon équipage, en cas de forte tempête, votre voile peut se déchirer. Le plus important est de garder le cap. »

Rigueur et croissance

Faire face à des vents contraires, Henri de Castries en a l’habitude. L’homme est en effet rompu à la gestion de crise. « J’ai pris mes fonctions de président du directoire en août 2000 et, quelques mois plus tard, les marchés financiers ont dégringolé, se souvient-il. Entre 2001 et 2003, nous avons connu toutes les circonstances possibles de l’assurance. » Effondrement des marchés boursiers, attentats du World Trade Center et récession économique, son ascension à la tête d’Axa arrive au plus mauvais moment. Entre 2000 et 2001, ses bénéfices du groupe chutent lourdement, passant de 3,4 milliards d’euros à 520 millions. Henri de Castries doit alors remettre ses rêves de conquête à plus tard pour s’attaquer à la rationalisation et à la consolidation de la compagnie. Un chantier qui va l’occuper pendant les premières années de son mandat. Pour renouer avec la rentabilité, il décide de couper drastiquement dans ses charges - Axa réalise 1,3 milliard d’euros de réductions de coûts entre 2001 et 2003 -, d’augmenter ses tarifs et d’améliorer sa souscription. L’objectif est clair : muscler la performance opérationnelle de la compagnie afin de la rendre moins dépendante des résultats financiers. « En 2000, 40 % de notre résultat était tiré par les plus-values financières, précise son patron. En 2007, pourtant année record sur les marchés financiers, elles ne représentaient plus que 15 % de notre bénéfice net. » En parallèle, il réduit significativement la voilure du groupe en cédant des entités périphériques, comme la réassurance, ses activités de santé en Australie ou ses filiales en Amérique latine (Chili, Brésil, Argentine), région où il désengage totalement le groupe. « Quand on a le sentiment de ne pas avoir la taille critique sur un marché ou que les perspectives de croissance ne correspondent pas à nos attentes, on essaie toujours de se repositionner sur des marchés plus porteurs, expose Henri de Castries. Cela a toujours été notre stratégie. » Cette politique porte ses fruits. Entre 2000 et 2007, son résultat opérationnel passe ainsi de 1 à 5 milliards d’euros. De même, son ratio combiné (rapport sinistres sur primes) en assurance dommages s’améliore significativement, de 114 % fin 2000 à 95,5 % fin 2008.

Expansion géographique

Henri de Castries n’est pas uniquement l’homme de la rigueur. A l’instar de Claude Bébéar, il a toujours su rester à l’affût des acquisitions. Sa stratégie : étendre la présence géographique du groupe ou renforcer ses capacités de distribution. Dès 2004, il renoue avec ce qui a fait la réputation d’Axa, à savoir une croissance externe tous azimuts, en s’emparant de l’assureur vie Mony aux Etats-Unis. Le début d’une longue série. Mais son principal fait d’armes est la reprise de Winterthur auprès de Credit Suisse pour 8 milliards d’euros. La plus importante acquisition d’Axa depuis 2000 et la première d’une telle envergure en Europe pour Henri de Castries. « Cette opération nous a permis de consolider nos parts de marché dans certains pays développés, comme la Suisse, la Belgique et l’Espagne, indique Henri de Castries. Mais elle nous a surtout donné un accès à plusieurs marchés émergents d’Europe de l’Est où nous n’étions pas. » D’autres opérations suivront. Entre 2006 et 2007, la compagnie réalise ainsi plus d’une dizaine d’opérations, principalement dans les pays émergents (Russie, Ukraine, Corée du Sud, Turquie et Mexique) mais également en Europe, à l’instar du rachat de 50 % des activités d’assurance de la banque italienne Monte dei Paschi di Sienna. « Aujourd’hui, la France ne représente qu’un peu plus de 20 % de notre activité », remarque-t-il.

S’il a été contraint de faire une pause dans son expansion géographique en raison de la crise financière récente, Henri de Castries retrouve toutefois un certain allant en cette fin d’année. Le 9 novembre dernier, il a ainsi annoncé son intention de s’emparer des minoritaires de sa filiale asiatique Axa Asia Pacific Holding (Axa APH). Une mission qu’il avait échouée à mener à bien il y a cinq ans. En prenant le contrôle de la compagnie, il entend ainsi réorganiser ses opérations dans la région, d’une part en cédant les activités australiennes au groupe AMP et, de l’autre, en se développant en Chine. « Nous essayons de renforcer notre exposition aux marchés émergents, que ce soit en Asie, en Europe centrale et orientale, en Amérique latine ou dans le pourtour méditerranéen », explique Henri de Castries. Les pays émergents doivent en effet contribuer à hauteur de 15 % des résultats du groupe dans les trois à cinq ans à venir, contre moins de 5 % aujourd’hui. Le même jour, il a également lancé une augmentation de capital de 2 milliards d’euros. Une initiative surprenante tant Henri de Castries a certifié au marché que son groupe n’en avait pas besoin. « Mais nous souhaitons avoir une certaine flexibilité financière pour saisir les occasions de croissance externe qui se présenteront, précise Henri de Castries. Désormais, nous pourrons le faire rapidement. » D’ores et déjà, d’autres opérations sont en préparation. Le groupe devrait prochainement s’attaquer au rachat de ses parts minoritaires dans ses filiales d’assurance vie et d’épargne dans les pays d’Europe de l’Est (Hongrie, Pologne, République Tchèque), détenus à 30 % par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Ces opérations, relativement modestes, pourraient ne pas contenter l’ambition d’Henri de Castries. Le patron d’Axa planche d’ailleurs à un nouveau plan stratégique pour remplacer « Ambition 2012 ». « Nous y réfléchissons actuellement et nous préparons un certain nombre de choses, indique-t-il. Cela pourrait être un sujet courant 2010. »

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