L’avis de… Eric Crabié, associé Ineum Consulting, en charge des bureaux Luxembourg et Suisse

« Les banques privées adaptent leurs stratégies informatiques à la crise »

le 28/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi une banque choisit-elle de développer elle-même ses outils informatiques ou de recourir à des progiciels de marché ?

Ce choix dépend du type de l’offre produits & services de la banque privée : si son offre est standard, les progiciels peuvent très bien convenir, mais si elle propose des produits plus complexes, tels que des dérivés et des produits structurés, ces outils ne sont pas bien adaptés, à moins de choisir plusieurs progiciels (un par type de contrats) plus experts utilisés le plus souvent dans d’autres métiers bancaires comme la banque d’investissement. Mais ces progiciels peuvent présenter des lacunes comme une signalétique clients moins riche pour une contrepartie bancaire que pour un client privé (données sur la résidence fiscale du client manquantes, par exemple). Il faut également prendre en compte le coût d’exploitation des opérations et le volume d’affaires. Si une banque n’offre que quelques produits structurés, il n’est pas très indiqué d’acquérir un progiciel spécifique alors qu’une gestion manuelle peut très bien suffire. Tandis que si ces produits sont largement diffusés, l’automatisation permet une baisse des coûts. Au-delà du simple choix progiciel versus développements maison, d’autres pistes explorées par les banques privées peuvent être d’opter pour des solutions dites « groupe » en s’efforçant de mutualiser son système d’information avec d’autres lignes métiers, comme la banque de détail ou les métiers titres.

La crise financière pèse-t-elle sur les projets informatiques des banques privées ?

La crise a ralenti les projets en cours, les banques privées ont revu leurs stratégies informatiques. Leurs projets d’industrialisation visent avant tout à mutualiser et surtout à éviter de réinventer ce qui existe. C’est pourquoi elles cherchent désormais à utiliser les plates-formes existantes pour l’ensemble de leurs filiales, par exemple ayant un conservateur pour tous les sites européens, ce qui permet de faire baisser les coûts. Ainsi, si une filiale a déjà acquis un outil que les autres n’ont pas encore, il est probable que la banque l’utilise aussi pour les autres filiales. C’est le modèle du « hub and spoke » qui permet à chaque point d’entrée (filiale) d’être en contact avec un site central (plate-forme) où sont envoyées les données pour traitement. Cela peut complexifier la gestion au quotidien, mais c’est un moyen de mieux exploiter l’existant.

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