La banque de détail britannique en voie de recomposition

le 11/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Les cessions imposées par Bruxelles à Lloyds et RBS ainsi que l’émergence de nouveaux acteurs annoncent une évolution du paysage outre-Manche.

L’année 2010 s’est ouverte, au Royaume-Uni, par une transformation visuelle des agences bancaires : la première banque espagnole Santander a en effet rebaptisé 1.000 points de vente Abbey et Bradford & Bingley au mois de janvier, tandis que 300 agences Alliance & Leicester devraient l’être au cours de l’année. Ce passage progressif des trois acquisitions de Santander à l’enseigne rouge du groupe bancaire sonne ainsi comme une riposte au bleu vibrant des nouvelles agences Barclays, dont le groupe britannique a déjà rénové près de la moitié du parc de 1.698 points de vente outre-Manche. Ces changements d’image ont le mérite de donner un peu de vigueur à un paysage de la banque de détail britannique déprimé et en proie aux conséquences de la récession : « On ne peut pas parler d’une réelle transformation de la banque de détail au cours de ces deux dernières années en raison du manque de crédit, qui a provoqué une chute importante des prêts immobiliers, signale ainsi Jonathan Macdonald, analyste en charge de la banque de détail au cabinet d’études Datamonitor. Cela peut même paraître contradictoire mais les Britanniques, pourtant si friands de crédit d’habitude, sont devenus les champions des dépôts et de l’épargne. » Selon les dernières statistiques publiées par la British Bankers Association (BBA), l’association des banques britanniques, le niveau de prêts immobiliers est effectivement resté particulièrement faible au mois de janvier : les banques membres de l’association ont en effet approuvé 35.083 prêts immobiliers, contre 45.650 en décembre, un mois, il est vrai, traditionnellement fort. Le montant global des prêts consentis était également en baisse de 26 % à 8 milliards de livres. A l’inverse, les dépôts ont progressé de 4,7 % en janvier 2010 comparé au même mois de l’année précédente.

Activité en berne chez les ténors

La médiocrité de ces performances donne un avant-goût des résultats des banques britanniques dans leurs divisions respectives de banque de détail sur leur marché national. En commençant par Barclays. La banque, qui a pourtant dévoilé des profits imposables record de 11,6 milliards de livres, a vu ses profits décliner de 55 % à 612 millions de livres dans cette activité, sous l’effet conjugué de faibles taux d’intérêt impliquant une pression sur les marges et d’une augmentation parallèle des charges d’impayés. RBS, dont l’Etat possède aujourd’hui 84 % du capital, a également constaté dans sa division de banque de détail une hausse de ses charges d’impayés de 65 % à 1,679 milliard de livres en 2009, conséquence de « la détérioration de l’environnement économique et de son impact sur les finances de sa clientèle ».

Même constat au sein du groupe partiellement nationalisé Lloyds Banking Group (LBG), dont les charges d’impayés ont progressé de 14 % à 4,227 milliards de livres l’an dernier, reflétant principalement la hausse du chômage outre-Manche. « L’exposition de la banque à la situation économique désastreuse de l’Irlande a clairement joué en sa défaveur alors qu’à l’inverse, les opérations de Scottish Widows (société d’assurance vie, NDLR) lui ont procuré quelques bénéfices », commente Keith Bowman, analyste equity du courtier britannique Hargreaves Lansdown. Mais à l’image de RBS, la banque britannique, qui a annoncé début février la fermeture de ses activités de banque de détail irlandaise, pronostique pour cette année une réduction des charges de dépréciations, à la suite d’une inflexion favorable perceptible au dernier trimestre 2009. « Ces banques font réellement un pari sur l’hypothétique reprise de l’économie mondiale, poursuit Keith Bowman. Mais si elle ne se produit pas, il n’y a aucune chance que les créances douteuses diminuent dans ce contexte. »

Les déboires de ces établissements sur leur territoire domestique pourraient être aggravés par l’offensive annoncée de nouveaux entrants, désireux de gagner une clientèle en délicatesse avec les ténors de la banque britannique. A raison : les plus petits opérateurs, à l’image de Co-operative Bank (Co-Op) ou encore Clydesdale & Yorkshire (groupe National Australia Bank), sont parvenus à profiter de la crise financière pour augmenter leurs bases de clientèle. De fait, Co-Op a engrangé 60 % de comptes courants supplémentaires entre 2008 et 2009.

L’opportunité de gagner quelques parts de marché est d’ailleurs d’autant plus évidente que la Commission européenne a décidé de contraindre les banques partiellement nationalisées à céder une partie de leurs actifs. RBS doit ainsi se délester de réseaux d’agences implantées en Angleterre et au Pays de Galles et d’une partie des agences Natwest en Ecosse. « Un certain nombre de parties se sont montrées intéressées par nos réseaux d’agences », déclarait Stephen Hester, directeur général de RBS, lors de la présentation des résultats de la banque, signalant cependant qu’il « était prématuré de mettre un prix sur l’ensemble de ces actifs ». Quant à LBG, sa cure d’amaigrissement passe par la cession de 600 agences, dont celles de Lloyds TSB Scotland et celles de Cheltenham & Gloucester, spécialisées dans le crédit immobilier. Soit au total 4,6 % du marché des comptes courants outre-Manche et près de 19 % de son portefeuille de prêts. Les convoitises sont d’ores et déjà au rendez-vous : la presse a évoqué les noms du fonds d’investissement américain Blackstone, lequel a confirmé son intention d’ouvrir une banque au Royaume-Uni, celui de Resolution, ou encore de National Australia Bank dans la course au rachat des agences de RBS. Sans parler de l’espagnol Santander ou encore de Virgin Money, dans le giron de l’entrepreneur britannique Richard Branson, intéressé également par les réseaux de LBG.

Tesco, grand favori

Parmi tous ces prétendants, lequel parviendra-t-il à égratigner la suprématie des groupes bancaires établis ? « Au début des années 2000, nous avons assisté à un phénomène similaire touchant principalement des acteurs de la finance en ligne. Or, à l’exception du succès de Direct Line, les autres acteurs n’ont pas convaincu de la pertinence de leur offre », estime Jonathan Macdonald. D’ores et déjà, Sandy Chen, ancien analyste bancaire vedette de la banque Panmure Gordon, a été contraint de renoncer à lever en février, sur le marché boursier londonien des valeurs alternatives Alternative Investment Market, jusqu’à 200 millions de livres pour financer la mise en place de sa banque Walton & Co, faute d’appétit des investisseurs. Annoncée pour le début de cette année, Metro Bank, sous la houlette de l’entrepreneur américain Vernon Hill, serait toujours en attente du feu vert du régulateur britannique pour lancer l’ouverture de ses deux premières agences dans le centre de Londres. Seul le numéro un des supermarchés britanniques Tesco aurait actuellement la faveur des analystes. « Nos études ont montré que Tesco pourrait s’arroger 1,5 % du secteur des comptes courants dès 2013 », estime Jonathan Macdonald. A l’heure actuelle, RBS, LBG, Barclays et HSBC en détiennent 75 %. Le leader des supermarchés, qui avait finalisé en décembre 2008 le rachat de la participation de RBS à hauteur de 50 % dans sa division Tesco Personal Finance (TPF) pour 950 millions de livres, envisage de se lancer cette année dans les comptes courants et les prêts immobiliers. Tous les ingrédients sont donc réunis pour créer une mini-évolution de la banque de détail britannique au cours des toutes prochaines années… à défaut d’une véritable révolution.

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