Allianz France perd du terrain auprès de la clientèle grand public

le 01/04/2010 L'AGEFI Hebdo

La compagnie mise sur la fidélisation et la multidétention pour enrayer l’érosion de ses positions en assurance dommages.

Départ du président Jean-Philippe Thierry et nouvelle marque : l’an dernier, une page s’est définitivement tournée pour l’ex-AGF, rebaptisée Allianz France. « 2009 a été une année majeure car il a fallu, dans la crise, tenir nos fondamentaux et préparer l’avenir avec le changement de marque et un nouveau plan stratégique », rappelle Jacques Richier, PDG d’Allianz France. Un exercice également marqué par un contexte économique chahuté dont les comptes de la compagnie portent les stigmates. Si son résultat d’exploitation a été multiplié par cinq en assurance vie (662 millions d’euros), celui de la branche dommages a au contraire accusé une chute de 86 %, passant de 188 à 26 millions d’euros en un an. « Cette baisse est liée, entre autres, à la tempête Klaus, dont l’impact net de réassurance est de 80 millions d’euros, précise Jacques Richier. Nous avons également été confrontés à une pointe de sinistres sur les grandes entreprises. » A ce double phénomène s’est ajoutée une dégradation de la sinistralité en automobile et en multirisque habitation (MRH). Résultat : un ratio combiné (frais de gestion et coûts des sinistres rapportés aux primes) qui ressort à 106,8 % fin 2009 contre 97,5 % en 2008.

Pour améliorer la rentabilité de cette activité dommages, l’assureur a notamment décidé de jouer la carte des hausses de prix. « Nous avons augmenté nos tarifs de l’ordre de 7 % en MRH et de 3,5 % en automobile en 2009, détaille Jacques Richier. Ces majorations tarifaires seront comparables en 2010. » Une politique qui n’est pas du goût des agents généraux, même si ces derniers cherchent à calmer le jeu depuis une réunion avec la direction générale le 23 mars. « Les augmentations de tarifs de 2010 sont correctes et ne posent pas de problèmes », indique le syndicat d’agents généraux Mag3.

Perte de parts de marchés

Toutefois, celui-ci juge les prix fixés ces dernières années hors marché, expliquant de nombreuses résiliations en assurance auto et en MRH. Il réclame donc de la souplesse.« Nous souhaiterions pouvoir disposer d’une enveloppe tarifaire afin d’accorder des réductions de prix à certains de nos clients », réclame-t-on chez Mag3. L’enjeu est loin d’être anodin. Si la compagnie a renforcé ses positions en santé individuelle (croissance de 2 % du nombre de contrats), sur la clientèle patrimoniale en assurance vie et en dommages des entreprises, elle enregistre en effet une érosion de ses positions en dommages de particuliers à cause des prix plus élevés que la concurrence. Selon une étude du cabinet Facts & Figures, sa part de marché est passée d’environ 10 % en 2004 à 8,1 % en 2008. La compagnie ne fuit pas ce constat. « Nous avons perdu moins de 1 % de notre portefeuille en MRH et en auto et conservé une légère croissance de notre chiffre d’affaires sur ces deux marchés, de l’ordre de 1 % », nuance néanmoins Jacques Richier.

Projet internet

Même si l’heure n’est pas à la conquête sur le marché du grand public - Allianz France vise en priorité la clientèle patrimoniale, les professionnels et les entreprises -, la compagnie entend redoubler d’efforts pour freiner ces pertes des contrats via la fidélisation et la multidétention. Pour ce faire, outre le lancement d’un programme de fidélisation (Fid’Allianz) offrant des récompenses (réduction, services) aux clients les plus anciens ou détenteurs de plusieurs contrats, la compagnie souhaite renforcer son site www.allianz.fr pour séduire de nouveaux clients. « A partir du second semestre, nous serons davantage présents sur le canal internet auprès de nos réseaux », annonce Jacques Richier. Une approche multicanal (courtiers, partenariats...) qui avait pourtant irrité ces mêmes agents généraux. « On ne peut pas fournir à d’autres réseaux des contrats offrant les mêmes garanties mais avec des conditions tarifaires différentes de celles qui sont à l’œuvre chez les agents », regrette-t-on chez Mag3. Toutefois, les agents semblent avoir obtenu gain de cause, étant placés au cœur du nouveau dispositif internet. « L’idée est d’utiliser le web pour récupérer des clients afin de les faire rentrer dans le portefeuille des agents généraux, explique-t-on chez Mag3. L’objectif est d’accélérer le multi-équipement des clients. » Reste à savoir si ce projet sera suffisant pour renouer avec des clients visiblement échaudés par les pratiques commerciales antérieures. 

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