Entretien avec... Stephen Platt*, avocat et professeur de droit associé à l’université Georgetown à Washington

« Régir les métiers bancaires en exigeant une qualification professionnelle »

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

«Le métier de banquier doit être professionnalisé »

« Régir les métiers bancaires en exigeant une qualification professionnelle »
Stephen Platt*, avocat et professeur de droit associé à l’université Georgetown à Washington
(DR)

Que vous inspirent les révélations entourant Swissleaks ?

Les révélations entourant HSBC ne constituent pas un exemple isolé de mauvaise conduite dans le secteur bancaire international. De l’évasion fiscale au blanchiment d’argent en passant par la violation de sanctions, l’étendue des errements est interminable. Aujourd’hui encore, on est face à une industrie entière dédiée à la facilitation de l’évasion fiscale : ce ne sont pas que des banquiers mais aussi des comptables et des auditeurs qui continuent à échapper complètement à toute poursuite judiciaire ou réglementaire.

La multiplication des affaires a pourtant conduit les régulateurs à imposer de plus en plus d’amendes au cours des dernières années. N’y-a-t-il pas une évolution ?

A l’heure actuelle, quand le régulateur décide de prendre des mesures, il le fait à l’encontre de personnes morales, les entreprises, ou encore de personnes physiques comme les traders. Le montant des amendes infligées fait le bonheur de la presse qui en fait ses gros titres. Mais au fond, les dirigeants seniors des banques, qui ont insufflé cette culture, ne sont jamais inquiétés. Le secteur financier manque encore cruellement d’un facteur de « crainte » qui dissuaderait les individus de commettre des crimes.

Comment ce secteur pourrait-il changer ?

En cessant d’être isolé des principes qui régissent les autres secteurs d’activité. Le métier de banquier est encore vu aujourd’hui comme une vocation. Or que vous soyez avocat, médecin ou encore infirmière, vous devez disposer d’une qualification professionnelle pour exercer ces métiers. Cette qualification n’existe pas dans le secteur bancaire. Il y a encore 50 ans, les risques liés à ce métier étaient moindres. La situation est très différente aujourd’hui : il y a une vraie nécessité à ce qu’une banque soit dirigée par un banquier professionnel.

*Auteur de l’ouvrage « Criminal Capital » (Editions Palgrave Macmillan).

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