Deutsche Bank, un sursaut de courte durée

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Le groupe s’interroge sur sa stratégie à venir alors que ses ambitions semblent hors de portée.

Deutsche Bank, un sursaut de courte durée
Anshu Jain, coprésident de Deutsche Bank AG, au World Economic Forum à Davos le 21 janvier.
(Bloomberg)
Propulser Deutsche Bank dans le Top 5 des banques mondiales. Tel était l’objectif d’Anshu Jain et de Jürgen Fitschen lors de leur arrivée aux commandes de la banque allemande en 2012. Aujourd’hui, deux ans et demi plus tard, cette stratégie s’est soldée par un échec. Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung n’hésite pas à parler d’une «  débâcle », décrivant Deutsche Bank comme un groupe affaibli, à la réputation écornée, et embourbé dans des poursuites judiciaires sans fin. Celles-ci lui ont d’ores et déjà coûté quelque 4,5 milliards d’euros. Et la liste des scandales auxquels Deutsche Bank a été mêlée est encore longue. La banque a provisionné 3,2 milliards d’euros pour couvrir les sanctions à venir.

Sur les marchés financiers, le scepticisme s’est traduit par une chute du titre de quelque 30 % au cours de la seule année 2014, alors que l’indice de la Bourse de Francfort, le DAX, battait des records. Désormais, Deutsche Bank ne pèse plus que 35 milliards d’euros contre 170 milliards pour le numéro un américain JPMorgan. Face à cette détérioration, certains grands actionnaires comme l’émirat du Qatar commencent à perdre patience et réclament un changement radical de stratégie. Dans une première réaction, le duo dirigeant a évoqué la mise en vente de la banque à réseau, y compris la filiale Postbank.

Vendre Postbank

C’est grâce aux bonnes affaires de sa banque de financement et d’investissement (BFI) que Deutsche Bank a connu un sursaut au dernier trimestre 2014, dégageant un bénéfice net part du groupe de 441 millions d’euros, alors que la plupart des analystes s’attendaient à une perte. Son bénéfice avant impôts a pratiquement quadruplé, passant de 132 millions l’an dernier à 516 millions entre octobre et décembre 2014. Ce résultat est d’autant plus surprenant que les grandes banques de Wall Street auxquelles Deutsche Bank aime à se comparer ont toutes subi des baisses de leurs revenus.

Les mauvaises nouvelles proviennent plutôt de la banque de détail. En raison d’une charge exceptionnelle de 330 millions d’euros, le résultat avant impôts de cette activité a chuté de deux tiers à seulement 55 millions. Le bilan de Postbank a même plongé dans le rouge. En dépit de ce sursaut, l’objectif prôné par Anshu Jain et Jürgen Fitschen d’atteindre rapidement une rentabilité nette de 12 % demeure hors de portée. Même si Deutsche Bank a pu doubler son bénéfice net l’an dernier à 1,7 milliard d’euros, il reste nettement inférieur aux gains des grands concurrents américains.

Pour remédier à cette faiblesse, le président du conseil de surveillance, Paul Achleitner, prône un changement de stratégie. « Tout ce que nous savons est que nous ne pouvons continuer comme maintenant », a-t-il déclaré à la presse allemande. Anshu Jain, qui a longtemps dirigé la BFI à Londres, pencherait naturellement pour une vente de Postbank, voire une scission complète de la banque à réseau, en raison du manque à gagner dans ce domaine. La politique des taux zéro de la BCE affecte d’autant plus les banques privées allemandes qu’elles sont confrontées à la concurrence acharnée des établissements publics (caisses d’épargne) et coopératives qui n’ont pas les mêmes contraintes de rentabilité. Une cession de Postbank ne constituerait pas moins un revirement à 180 degrés. Fin octobre, Jain et Fitschen affirmaient encore que « le retrait de certains de nos concurrents (la britannique Barclays pour ne pas la nommer) du modèle de banque universelle nous ouvre de nouvelles opportunités de marché ».

Un recentrage sur la banque d’affaires n’est pas non plus dénué de risques. Nombreux sont les analystes qui doutent que Deutsche Bank aura les moyens pour résister à la concurrence des grandes maisons de Wall Street. Tel semble être également l’avis des grandes agences de notation qui n’ont eu de cesse dans le passé de demander à Deutsche Bank de renforcer son second pilier, la banque à réseau. Face à ce dilemme, la direction de Deutsche Bank a confié à son ancien directeur financier un groupe de travail et de réflexion sur la stratégie à venir. Anshu Jain et Jürgen Fitchen veulent en présenter les résultats à la fin du premier trimestre. 

Sur le même sujet

A lire aussi