Rencontre avec... Sophie Robert, commissaire et adjointe au directeur de l'OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière)

« Les banques ont un rôle à jouer »

le 18/06/2015 L'AGEFI Hebdo

Quelle ampleur ont pris les fraudes aux virements internationaux ?

Apparues en 2010, ces escroqueries ont explosé fin 2013 en nombre et en montant. On dénombre plusieurs centaines d’attaques par semaine. En quatre ans, l’OCRGDF* a recensé 975 entreprises victimes, 350 millions d’euros détournés et 650 millions d’euros ayant fait l’objet d’une tentative d’escroquerie. Depuis deux ans, l’office s’est mobilisé pour faire de la prévention et de la sensibilisation auprès des entreprises : expliquer le schéma de ces escroqueries, l’organisation des escrocs, comment ils parviennent à conduire les victimes à réaliser des virements. Une adresse e-mail a été ouverte pour recueillir les signalements des entreprises attaquées. Sur le plan répressif, il est très difficile de résoudre ces enquêtes car les auteurs sont à l’étranger et utilisent des dispositifs qui rendent leurs actions anonymes et non traçables.

On entend dire que certaines de ces fraudes viendraient d’Israël, est-ce vérifié ?

Des escrocs ont été identifiés en Israël grâce aux adresses IP, aux numéros de téléphone et aux cartes prépayées qui ont servi à les acheter. Entre 2010 et 2012, nous avons pu suivre les fonds vers la Chine avant qu’ils soient ventilés sur des centaines d’autres comptes bancaires, si bien qu’on en perdait la trace. Par la suite, il a été possible d’obtenir un blocage des fonds rapide en conseillant aux sociétés victimes de déposer plainte directement là-bas. Du coup, les fraudeurs utilisent maintenant des comptes de rebond basés en Europe de l’Est (Pologne, Bulgarie, Lettonie, Lituanie, République Tchèque). L’ampleur est telle que des groupes de travail se sont constitués au sein d’Europol et d’Interpol.

Quel rôle peuvent jouer les banques pour lutter contre ces fraudes ?

Les banques peuvent conseiller les entreprises sur les procédures à mettre en œuvre pour sécuriser les opérations. Il arrive qu’elles identifient des virements anormaux et qu’elles les bloquent. Si le virement a déjà été fait, elles peuvent contacter la banque correspondante en urgence pour retenir les fonds à condition d’avoir été prévenues très vite. Sinon, elles peuvent faire des déclarations de soupçon auprès de Tracfin qui demandera le gel des fonds aux autorités locales. Mais tant que la coopération internationale ne sera pas optimale, la prévention et la sensibilisation restent essentielles.

*Office central de répression de la grande délinquance financière.

A lire aussi