Rabobank poursuit sa cure pour retrouver la bonne ligne de conduite

le 10/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Le groupe s’est vu infliger une baisse de sa notation avec une perspective négative. Il cherche à présent à relever la tête.

Rabobank poursuit sa cure pour retrouver la bonne ligne de conduite
Le siège de Rabobank à Utrecht, aux Pays-Bas
(Bloomberg)

Tour de vis des autorités de contrôle, retournement conjoncturel, réformes internes, restructuration… Rabobank, l’enfant modèle du secteur bancaire européen, mutualiste mais international, très rentable et exceptionnellement capitalisé, « n’est plus l’exception. Mais il fait tout de même partie des sept banques les mieux notées parmi les 50 premiers établissements européens », souligne Alexandre Birry, analyste de Standard & Poors (S&P).

Rétrogradée de « AAA » à « AA- », la banque a été rattrapée par l’affaire du taux de référence du marché monétaire. « Ses racines mutualistes font que la pression à la maximisation du profit à court terme est moins forte et les objectifs de solvabilité plus ambitieux que chez ses concurrentes commerciales, explique Alexandre Birry. Le choc du scandale du Libor n’en a été que plus violent. » Le règlement de la fraude du Libor, pour laquelle une trentaine de personnes ont été mises en cause, aura coûté 774 millions d’euros à Rabobank pour un bénéfice net après impôts de 2 milliards en 2013. Repentante, la première banque de détail des Pays-Bas a clamé haut et fort qu’elle avait renoncé à déduire cette amende de ses revenus imposables, ce qu’autorise pourtant le droit néerlandais, pour « ne pas faire payer le contribuable », a assuré le président de son conseil d’administration, Rinus Minderhoud.

L’année 2013 aura été celle de l’examen de conscience, mais aussi du recentrage. La vente de la filiale de gestion Robeco, en juillet, lui a permis de dégager un bénéfice net de 1,5 milliard d’euros. Après celle de la banque privée Sarasin, le périmètre devrait rester stable. Cela aura permis d’absorber le choc du passage à la paille de fer du portefeuille d’actifs immobiliers. Les pertes enregistrées par la filiale Rabi Real Estate Group ont culminé à plus de 800 millions en 2013 (-113 en 2012), sous l’effet des critères de valorisation draconiens imposés par le régulateur. « Toutes les banques néerlandaises ont revu l’évaluation de leur portefeuille d’immobilier commercial à la demande de la banque centrale néerlandaise, rappelle l’analyste de S&P. La revue des actifs par la BCE ne devrait donc pas apporter de surprise. » En revanche, la constitution, elle aussi imposée par l’Union européenne, de fonds de résolution pour mutualiser les coûts d’éventuelles restructurations à venir, pose un problème. « Il ne faudrait pas que les banques solides payent pour les plus faibles », explique Hendrik Jan Eijpe, porte-parole du groupe.

Retour en grâce

Avec un ratio de tier 1 de près 13,5 % (l’objectif est de 14 %), la banque d’Utrecht va recommencer à dégager des capacités d’investissement pour poursuivre la modernisation de sa banque de détail et capitaliser sur ses positions mondiales dans le secteur agro-alimentaire. D’autant plus qu’elle s’est autorisée à déroger aux principes coopératifs pour élargir sa base de capitalisation aux investisseurs institutionnels en émettant en 2013 des certificats négociables qui représentent environ 15 % de son capital réglementaire.

Cette année devrait donc être celle de la consolidation suite au retournement, mi-2013, du marché immobilier, qui avait baissé de 20 % en quatre ans. « Ce n’est pas un revirement brutal, mais plutôt un changement d’humeur et une bonne nouvelle car l’immobilier est étroitement corrélé aux dépenses des ménages », explique Alexandre Birry. La nouvelle direction (lire l’encadré) a pourtant opté pour la poursuite de la cure d’amaigrissement. Son plan « Vision 2016 » prévoit des coupes drastiques dans la banque de détail néerlandaise avec la suppression de 8.000 postes, soit pratiquement un sur quatre. Rabobank relève la tête, cherchant un retour en grâce, à tout prix. 

Les pertes enregistrées par la filiale Rabi Real Estate Group ont culminé à plus de 800 millions en 2013.
Une équipe nouvelle et toujours strictement locale
De l’équipe dirigeante de six personnes qui a traversé la crise et l’affaire du Libor, il ne reste que deux survivants : le directeur financier Bert Bruggink et Berry Marttin, longtemps en poste au Brésil et en charge des opérations internationales. Le temps de recevoir l’agrément du régulateur, Wiebe Draijer (photo) devrait reprendre les rênes de la maison cet été. Cet ingénieur de 48 ans doit incarner la réconciliation entre la culture sociale de la banque et la rigueur managériale. Ancien de l’Insead, il a passé vingt-deux ans chez McKinsey avant de devenir président du Conseil économique et social néerlandais. Dernier nommé, Jan van Nieuwenhuizen, un ancien de Morgan Stanley arrivé en 2009, a fait ses classes dans la branche corporate, private Equity et les marchés de matières premières. Rien Nagel, autre produit maison, a pris la direction de la banque de détail fin 2013, et Ralf Dekker continuera à piloter la banque de gros et le secteur agricole.

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