L’assurance en synergies dans les banques

le 10/04/2014 L'AGEFI Hebdo

L’activité des captives évolue et participe à la croissance globale.

L’assurance en synergies dans les banques
Le siège de BPCE, à Paris

Des activités d’assurance stabilisatrices dans un modèle de banque Bâle 3 : c’est un des arguments de François Pérol, président du directoire de BPCE, pour fonder une « usine » au sein de Natixis au service des réseaux Banque Populaire et Caisse d’épargne. L’importance des assurances dans les banques françaises va croissant (voir le graphique). Dans son plan à moyen terme, BNP Paribas vise une progression de plus de 4 % du produit net bancaire (PNB) de cette activité à l’horizon 2016. Crédit Agricole a pour sa part annoncé une hausse de 12 % au même terme. De son côté, Société Générale Insurance, marque de la ligne métier du groupe et dont l’organisation a changé l’an dernier sous la holding Sogécap. Elle ne manque pas d’ambitions et trouvera sa place dans le prochain plan de sa maison mère attendu en mai. « Notre vocation est de répondre à l’ensemble des besoins des clientèles du groupe, particuliers, professionnels mais aussi entreprises, souligne Philippe Perret, directeur général de Société Générale Insurance. Notre modèle économique est aligné sur la stratégie du groupe : l’assurance a une place centrale dans la banque relationnelle. »

Palette d’offres

Dans chacun de ces groupes, le taux d’équipement des clients est surveillé de près. Ainsi, en assurance dommage, Crédit Agricole Assurances doit augmenter son chiffre d’affaires de 29 % en 2016 en portant le taux de détention interne des clients particuliers en automobile, multirisque habitation, santé ou garantie des accidents de la vie, de 30 % aujourd’hui à 40 % dans les caisses régionales, et de 20 % à 25 % chez LCL. Chez Société Générale Insurance, qui touche 50 % de la clientèle du réseau avec l’assurance-vie et 15 % de celle-ci en santé, automobile ou dommage, Philippe Perret insiste sur la formation apportée aux conseillers bancaires, notamment pour le lancement de nouveaux produits. Comme ces derniers, même si sa spécificité réside dans ses partenariats de distribution externes et à l’international, BNP Paribas Cardif  est « dans l’obligation d’avoir toute la palette des offres pour les réseaux du groupe, même si certaines ne sont pas très importantes dans notre chiffre d’affaires », reconnaît Pierre de Villeneuve, PDG de la compagnie.

Synergies de revenus et de coûts : dans tous les groupes bancaires français, les branches d’assurance sont au cœur de cet enjeu. « Les synergies se mesurent selon les commissions versées et le PNB dans le réseau, rappelle Philippe Perret. Les premières sont supérieures à 800 millions d’euros ; le PNB de 750 millions. » Ces revenus sont amenés à se développer. « Société Générale a réorganisé sa banque privée pour élargir ses services à tous les clients dont les encours sont supérieurs à 500.000 euros, rappelle Marc Duval, directeur général de Sogécap. Nous accompagnons ce mouvement : pratiquement la moitié de nos encours est concernée. » Par ailleurs, le programme d’internalisation de l’assurance des emprunteurs pour Crédit du Nord et Boursorama (en crédit à la consommation) s’achève. Enfin, avec le lancement d’une offre de multirisque habitation et santé au Crédit du Nord, la compagnie peut s’appuyer sur 30 % de forces de vente en plus. Autre exemple, hors banque de détail : Société Générale Insurance fournit maintenant la couverture de 100.000 véhicules en dommage de la flotte d’ALD (filiale de location longue durée du groupe), en Italie et en partie en France.

Au sein du groupe Crédit Agricole, les métiers de l’assurance devront contribuer davantage aux synergies intragroupes. Au total, celles-ci s’élèvent déjà à «  7,2 milliards d’euros. Ces synergies de revenus auront augmenté de 850 millions d’euros en 2016, explique Jean-Paul Chifflet, directeur général de Crédit Agricole SA (CASA). Pour Crédit Agricole Assurances, elles passeront de 5 milliards à 5,6 milliards d’euros. » Cette filiale est déjà le premier client de la filiale de gestion d’actifs de CASA, Amundi ; un des premiers de CA Immobilier et une contrepartie importante pour la banque de financement et d’investissement, CA CIB : « C’est le métier le plus fortement imbriqué dans le groupe », rappelle Jérôme Grivet, directeur général de Crédit Agricole Assurances. Pour augmenter l’encours d’assurance-vie de 10 % d’ici à 2016, au-delà des tendances macro-économiques, « nous comptons sur une couverture croissante des clients de LCL et des caisses régionales. Pour ces dernières, le potentiel de progression auprès des clientèles haut de gamme est important et nous allons tirer parti de toutes les possibilités offertes par les nouveaux produits euro-croissance et vie Génération », explique-t-il. En assurance santé-prévoyance et emprunteur, le chiffre d’affaires doit croître de 12 % en 2016.  « L’essentiel de la croissance viendra de l’assurance emprunteur, soutient Jérôme Grivet, surtout sur le crédit immobilier. Nous travaillons depuis moins de cinq ans avec LCL. Depuis la fin 2013, nous sommes en phase de test dans quatre caisses régionales qui peuvent ainsi proposer une alternative à CNP Assurances, leur partenaire historique, et une douzaine [sur 39, NDLR] va suivre. » 

En outre, la compagnie d’assurance de la banque verte doit croître sur les marchés de présence du groupe à l’international – essentiellement l’Italie, mais aussi la Pologne, qui se développe avec un dispositif bientôt complet fondé sur la banque de détail, avec un prochain agrément local pour la vente d’assurances dommage d’ici la fin de l’année. Mais elle ne néglige pas non plus les partenariats en assurance emprunteur dans d’autres pays. Dès lors, Crédit Agricole Assurances, qui réalise 83 % de son chiffre d’affaires en France, et à 95 % en bancassurance, infléchit son modèle.

De l’Allemagne à l’Asie

Déjà très internationalisé avec 14,7 milliards de chiffre d’affaires réalisé à l’étranger en 2013 (+ 26 %), contre 10,6 milliards en France (-1 %), BNP Paribas Cardif contribue aussi aux objectifs de sa maison mère, que ce soit en Allemagne, où la compagnie constitue un acteur majeur en assurance des emprunteurs, ou en Asie, notamment à Taïwan et en Chine où elle développe une co-entreprise avec Bank of Beijing après le rachat de la participation d’ING. « Aujourd’hui, 59 % des revenus de l’assurance viennent de France, rappelle Jacques d’Estais, directeur général adjoint de BNP Paribas. En 2016, avec une croissance supérieure à 10 % sur nos marchés non domestiques, le résultat brut d’exploitation de la branche proviendra à 51 % de l’étranger, à raison de 13 % en Asie comme en Amérique latine et de 17 % dans le reste du monde (hors France et Italie, NDLR). » Même si l’Amérique latine et plus particulièrement le Brésil – en prévoyance individuelle, assurance santé, des emprunteurs ou dommage – par exemple, monte en puissance indépendamment du dispositif bancaire, « le métier est important pour le groupe, souligne Pierre de Villeneuve, en dépit de la question des fonds propres, car BNP Paribas Cardif est solide et va continuer à se développer dans une perspective de diversification et de qualité pour consolider ses positions et ses partenariats, avec des investissements mesurés. »

Société Générale Insurance considère de la même manière l’international comme « un puissant relais de croissance ». En assurance-vie, son chiffre d’affaires y a atteint 2,62 milliards (+30 % par rapport à 2012), soit 25 % du total. La compagnie compte aller au-delà, sur le modèle de la République tchèque où elle tient le deuxième rang de l’assurance-vie, avec la création d’une co-entreprise à 51 %/49 % avec Komercni Banca. De fait, pour les trois captives d’assurances des principaux groupes bancaires français, la croissance viendra surtout de l’étranger. Même si elles doivent poursuivre leur effort d’équipement des clients internes en France.

L’essentiel de la croissance viendra de l’assurance emprunteur 
Des avantages de la loi Hamon

Paradoxalement, en favorisant la concurrence sur l’assurance des emprunteurs, la loi Hamon va bénéficier à Crédit Agricole Assurances, au détriment de CNP Assurances, qui était depuis un demi-siècle le fournisseur des 39 caisses régionales du groupe. La captive d’assurance dommage du groupe Société Générale ne se plaint pas davantage de ce texte : « La capacité de résiliation des contrats après une première échéance nous permet d’aller chercher le client, remarque Laurent Dunet, directeur général de Sogessur. Pour nous, c’est plutôt une aubaine. » Toutefois, souligne Olivier Arroua, associé du cabinet de conseil Selenis, « ce sont surtout les comparateurs qui vont profiter de la nouvelle donne. Les mutuelles et les institutions de prévoyance peuvent aussi y trouver des relais d’activité ».

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