Les « robo-advisors » veulent rénover la relation à l’épargne

le 17/09/2015 L'AGEFI Hebdo

Constituer son portefeuille et le faire évoluer selon la conjoncture, c’est la proposition de ces conseillers automatiques qui démocratisent l’accès aux produits financiers.

Le concept est bien installé dans le monde anglo-saxon, il commence à émerger en France. Les robo-advisors arrivent dans l’Hexagone pour combler un vide, celui du conseil à l’investissement pour les classes moyennes. Ils analysent le profil de l’investisseur et lui proposent une allocation d’actifs correspondant à ses objectifs, certains proposent également la souscription des produits concernés. Autrement dit, pas besoin d’être un expert, les start-up font un important travail de vulgarisation afin que les investisseurs placent leur argent en sachant ce qu’ils achètent et quels risques ils prennent. Le point commun des internautes attirés par les robo-advisors est d’ailleurs la volonté de se prendre en main et de comprendre l’épargne.

En face, plusieurs start-up se sont lancées ou se préparent à entrer sur le marché français : Advize existe depuis trois ans, Fundshop et Marie Quantier ont lancé leurs activités en janvier 2015, Yomoni doit arriver fin septembre et Anatec dans quelques semaines. Outre un effort général de simplification, les robo-advisors accordent un grand soin au recueil d’informations auprès de leurs clients, ce qui servira à définir leur profil, donc la proposition d’allocation correspondante. « Il ne s’agit pas seulement d’être en conformité avec la réglementation sur le KYC, souligne Mathieu Hamel, fondateur de Marie Quantier qui compte 1.000 clients, il s’agit de défendre l’intérêt de nos clients. Cela passe par un questionnaire que certains peuvent trouver fastidieux, c’est pourquoi nous proposons aussi de simuler des situations, ce qui nous permet de vérifier la cohérence des réponses par rapport au comportement de nos clients. » La concordance entre le profil de l’épargnant et le risque pris doit être la meilleure possible sous peine de décevoir ces « early adopters ». L’Autorité des marchés financiers (AMF) l’a d’ailleurs souligné : il ne suffit pas de faire remplir un questionnaire pour se couvrir en cas de pertes, il est nécessaire de vérifier que l’épargnant est conscient du risque qu’il prend.

Un vrai suivi

La recommandation d’allocation est ensuite réalisée grâce à des algorithmes financiers connus ou spécifiques. La plupart des start-up françaises offrent d’investir via l’assurance-vie dans des unités de compte (UC), essentiellement des ETF (exchange-traded funds) pour Marie Quantier et Yomoni, ou encore via un compte titres. Seul Yomoni travaille sous mandat de gestion.

« Notre principal apport est de fournir un outil simple d’utilisation qui permet de solliciter des modèles de construction de portefeuille robustes et performants », explique Léonard de Tilly, fondateur de Fundshop. Pour ce faire, Advize travaille avec Morningstar qui a constitué cinq allocations modèles. Ensuite, les offres divergent : Advize étant courtier, il va jusqu’à l’ouverture et à la tenue de compte, idem pour Yomoni qui a obtenu un agrément de société de gestion, Marie Quantier s’est associé à un courtier pour permettre à ses clients de mettre en application ses recommandations, alors que Fundshop, conseil en investissement financier, s’en tient à la recommandation. Du coup, la tarification diffère également : Advize prélève des frais de 0,6 % sur les fonds en euros et de 0,85 % sur les UC ; pour Yomoni, les frais maximum vont jusqu’à 1,6 % tandis que Marie Quantier se rémunère par un abonnement de 5,90 euros par mois auquel s’ajoute une commission de 5 % de la performance générée. Fundshop, enfin, est accessible pour 9 euros mensuels. Tous ont banni les rétrocommissions et veulent aligner leur intérêt sur celui de leurs clients.

Mais la véritable innovation est dans le suivi : le robo-advisor informe régulièrement les épargnants de la performance de leurs placements et leur propose des ajustements en fonction de la conjoncture. Le suivi des portefeuilles peut être hebdomadaire pour certains ou consister en trois ou quatre recommandations annuelles selon le comportement des marchés pour d’autres. « L’objectif est de soulager des clients de la gestion mais aussi de les responsabiliser par la pédagogie », résume Mourtaza Asad Syad, fondateur de Yomoni. Tout dépend de leur perception des attentes de leurs clients et de leur capacité à rendre l’information lisible. Mais c’est bien là que va se jouer le succès des robo-advisors. « Nos outils de ‘reporting’ permettent d’envoyer un rapport personnalisé chaque semaine, mais l’épargne est un sujet de long terme et il faut aussi recommander des changements d’allocation au bon moment, décrit Nicolas Marchandise, fondateur d’Advize. L’important est de nouer un dialogue régulier. Nous démocratisons aujourd’hui un service de suivi qui deviendra rapidement la norme. » Banquiers, assureurs, distributeurs et même médias sont d’ailleurs très intéressés par ces services, et Fundshop, notamment, prépare une offre spécifique pour plusieurs partenaires.

Selon Cognizant, la moitié des dirigeants de la finance aux Etats-Unis et en Europe s’attendent à ce que les outils automatisés d’allocation améliorent leurs processus d’ici trois à cinq ans.
ZOOM
(Pierre Chiquelin)

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