Banques françaises

Des réseaux ciselés à l'international

le 02/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Leur présence en banque de détail se concentre en Europe et sur le continent africain. Ailleurs, elle est plus discrète.

Des réseaux ciselés à l'international
Hors zone euro, c'est en Pologne que Crédit Agricole (ici, le siège à Wrocław), Société Générale, et BNP Paribas ont en commun la présence de réseaux à leurs couleurs.
(DR)

Il est loin le temps des grandes manœuvres à l’international. Dans la banque de détail, les groupes français ajustent leurs périmètres, parfois avec des acquisitions ciblées, souvent en remodelant les pôles d’intégration à leurs résultats et en misant sur les synergies avec d’autres métiers. La dernière opération a été annoncée le 19 mars par Société Générale, qui va prendre la majorité de Mauritius Commercial Bank Mozambique par augmentation de capital. L’intérêt réside surtout dans le potentiel des ressources naturelles du pays, le nombre d’agences se comptant sur les doigts d’une main. Le groupe de La Défense dispose désormais d’un réseau dans 17 pays africains (Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun…) dont ceux du Maghreb, ainsi que le Mozambique et le Togo où il a obtenu l’autorisation d’ouvrir une succursale de Société Générale Bénin pour le deuxième trimestre : « Un positionnement unique qui [lui] permet d’offrir à [ses] clients les avantages d’une banque internationale et la proximité d’une banque locale », explique-t-il. Tandis que Crédit Agricole SA (CASA) s’est désengagé de l’Afrique subsaharienne en 2010, BPCE a au contraire prévu dans son plan stratégique de saisir des occasions de développement, en particulier dans cette région. Lors de la publication de ses résultats 2014, François Pérol, président du directoire, a précisé qu’une enveloppe de 300 millions d’euros était destinée à ces investissements. Le groupe entend développer une activité de banque commerciale à travers BPCE International et Outre-Mer (BPCE IOM). Ses banques d’outre-mer pourraient être sorties du pôle – ainsi recentré sur l’Afrique – pour être affiliées au Caisses d’Epargne (notamment de Provence-Alpes-Corse) et Banques Populaires, parmi lesquelles la Bred où l’international et l’outre-mer contribuent à près de 45 % du bénéfice net en 2014. Outre des participations minoritaires, BPCE IOM contrôle cinq banques : au Cameroun (avec une 36e agence ouverte en 2014), au Congo-Brazzaville, à Madagascar, à l’île Maurice et en Tunisie.

BNP Paribas a de son côté un dispositif stabilisé. « Notre objectif est de développer l’existant, en accentuant les synergies avec CIB (banque de financement et d’investissement, NDLR) notamment, et d’améliorer notre coefficient d’exploitation », fait savoir Philippe Tartelin, directeur Afrique pour la partie banque de détail du groupe depuis trois ans. Parmi ses implantations en Afrique subsaharienne, « après une période politique compliquée, la Côte d’Ivoire se développe très fortement sous l’impulsion de nombreux projets d’infrastructures. Notre part de marché y est d’environ 9 % », précise Philippe Tartelin. Le groupe développe aussi son retail à l’international par le biais des financements spécialisés, notamment du crédit à la consommation, comme le font Société Générale, Crédit Agricole ou Crédit Mutuel. Il a annoncé en décembre que RCS, la filiale sud-africaine de BNP Paribas Personal Finance, avait signé des accords avec JD Group, un important distributeur d’Afrique du Sud, et sa maison mère Steinhoff. La transaction devait être finalisée ce 1er avril. « Nous sommes présents au Maroc, en Algérie et en Tunisie, ainsi qu’en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina, au Mali, au Gabon, en Guinée Conakry et aux Comores », rappelle le directeur Afrique de BNP Paribas.

Sur le continent africain, les positions françaises restent concentrées au nord, surtout au Maroc. Tous les groupes y sont implantés. « Le Maroc, où notre filiale BMCI détient environ 7 % de part de marché, et où le groupe emploie plus de 4.000 personnes avec ses activités de back-office et de SSII, est devenu une plate-forme pour les services financiers en Afrique de l’Ouest », souligne Philippe Tartelin. Cette tendance relève de la volonté du roi du Maroc et ne change pas pour autant les organisations des groupes français.

Socle européen

Parmi toutes, celle de BNP Paribas est la plus éclatée. Son pôle « Europe Méditerranée » comprend, outre l’Afrique, la Pologne, l’Ukraine et des participations minoritaires en Chine et au Vietnam, mais aussi la Turquie (lire l’entretien). Le groupe se distingue par ailleurs en ayant pris pied aux Etats-Unis avec BancWest. Son plan d’action 2015 en Retail Banking prévoit que cette filiale poursuive la diversification de son offre

commerciale, développe le cash management pour les entreprises, accélère le déploiement des dispositifs en banque privée et de crédit à la consommation, ainsi que l’expansion des services de banque digitale, tout en adaptant son réseau d’agences, et élargisse sa coopération avec CIB.

Pour l’essentiel, les réseaux étrangers des banques françaises sont en fait européens. Ceux de la zone euro sont toutefois classés dans la catégorie des « marchés domestiques » de BNP Paribas. On y retrouve en particulier l’Italie, où sont également présents Crédit Agricole et Société Générale. Cette dernière y développe surtout des activités de financements spécialisés, mais y emploie tout de même 1.938 personnes pour 619 millions d’euros de produit net bancaire (PNB) et 114 millions de résultats avant impôts en 2014. Dans son pôle « Banque de proximité à l’international », CASA comptabilise pour sa part comme contribution du réseau Cariparma un PNB de 1.672 millions d’euros (+5,3 % par rapport à 2013), lorsque BNL bc (BNP Paribas) affiche 3.219 millions d’euros de PNB (-0,6 %) pour un résultat avant impôt de 23 millions (-90,2 % comparé à 2013). A ce titre, les groupes français ont été cités comme repreneurs potentiels de la troisième banque italienne, Monte dei Paschi di Siena, mais ont décliné poliment. Parmi les autres pays de la zone euro, alors que le Portugal ou l’Espagne ont perdu en attrait, même si les français y ont des activités, l’Allemagne – où l’on retrouve Crédit Mutuel avec Targobank qui a ouvert 12 nouvelles agences l’an dernier – suscite un regain d’intérêt (L’Agefi Hebdo du 8 janvier). BNP Paribas a qualifié l’acquisition de DAB Bank d’« étape majeure » dans son développement dans le pays désormais comptabilisé parmi les « marchés domestiques ».

La Pologne bien couverte

Hors zone euro, Société Générale, CASA et BNP Paribas ont en commun la présence de réseaux à leurs couleurs en Pologne. Le groupe de la rue d’Antin s’y est distingué l’an dernier par l’acquisition de BGZ, rachetée 1,1 milliard d’euros à Rabobank. En Ukraine, il a en revanche lancé un plan de suppressions d’emplois (1.600 sur 7.000) dans sa filiale UkrSibBank qui a déjà été restructurée depuis 2008 et compte désormais environ 500 agences : deux fois plus que le réseau de Crédit Agricole qui a aussi décidé de fermer ses agences en Crimée (au nombre de 4) et dans le Donbass (20). Les banques françaises sont finalement moins affectées par le conflit dans cette zone que l’autrichienne Raiffeisen ou l’italienne UniCredit. Si Société Générale n’a qu’une exposition « négligeable » dans ce pays, c’est en revanche le groupe français le plus présent en Europe centrale et orientale. Ce qui ne lui a guère réussi en 2014. Ainsi, les revenus de sa banque de détail à l’international sont restés stables entre 2013 et 2014 (voir le tableau page 25) à cause « des replis en République Tchèque et en Roumanie », explique le groupe, qui ont anéanti « la bonne performance » des autres pays. Ce pôle porte en outre la dépréciation de l’écart d’acquisition des activités en Russie en 2014. Depuis, le ralentissement économique touche de nouveau le groupe qui détient avec Rosbank le premier réseau privé par les encours de crédits aux particuliers et le quatrième réseau privé par la taille du bilan. Ainsi, l’ensemble SG Russie est de nouveau en cours de transformation. Aucun groupe français n’a finalement fait la preuve à ce jour de sa capacité à s’imposer dans la banque de détail à l’étranger.

BPCE a prévu de saisir des occasions de développement
Sur le continent africain, les  positions françaises restent concentrées  au nord, surtout au Maroc.
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Sur le continent africain, les positions françaises restent concentrées au nord, surtout au Maroc.
(MLW)

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