Des raisons d’espérer pour les banques italiennes

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

La consolidation des banques coopératives est en marche et les réflexions mûrissent sur le fardeau des créances douteuses.

Des raisons d’espérer pour les banques italiennes
Conséquence directe de la réforme engagée, le scénario central du marché est celui d’une union entre UBI Banca (photo) et Banco Popolare.
(Bloomberg)

Les banques italiennes ne jouissent pas encore, loin s’en faut, de la dolce vita. Pour retrouver cette vie facile à la saveur si latine après la revue de qualité des actifs (AQR) et des tests de résistance européens de l’an passé, elles ont dû se mettre en mouvement. Leur horizon va aussi se dégager sous l’impulsion d’une réforme présentée en janvier par le gouvernement : celle de la gouvernance des banques coopératives (un quart du secteur, Banco Popolare et UBI Banca en tête). Un décret prévoit de remplacer le principe « un actionnaire - une voix » par celui des sociétés par actions « une action - une voix », assurant un alignement du pouvoir effectif sur la participation au capital. Le président du Conseil, Matteo Renzi, s’est dit prêt pour  un vote de confiance au parlement sur cette réforme. Il fait ainsi la preuve « de sa volonté et de sa capacité à réformer l’économie, quand cela fait des décennies que cette perspective est évoquée », lance Gilles Guibout, gérant responsable des actions européennes chez Axa IM. L’intervention porte sur les banques coopératives disposant de 8 milliards d’euros d’actifs. Au nombre de dix, elles concentrent à 94 % des crédits accordés par ce segment à fin juin 2014, rappelle Scope Ratings. Et les cinq premières en concentrent déjà 73 %. Pour Marco Troiano, analyste au sein de l’agence de notation, mêmes les établissements de taille plus modeste pourraient « être contraints, sous la pression, de modifier leur statut ».

Des cibles opéables

Alors que le marché est, selon Gilles Guibout, « pour bonne part aux mains d’actionnaires, coopératives ou fondations, dont la rentabilité n’est pas la préoccupation première », la réforme a la vertu de rendre ces cibles opéables. « Le marché bancaire italien souffre d’une grande fragmentation, qui, synonyme de manque de mutualisation, a un coût », poursuit le gérant. Or la réglementation européenne « renforce la pression pour une taille critique toujours plus élevée », ajoute-t-il. « L’Italie est surbancarisée, la rentabilité étant affaiblie par une base de coûts trop élevée », plaide de son côté Vincent Vinatier, gérant responsable de la recherche actions chez Axa IM, pour qui la réforme « va permettre de lever des freins pour une meilleure rationalisation des décisions ». Le rythme du changement, cercle vertueux selon les observateurs, reste encore incertain, passant particulièrement par la fermeture de nombreuses agences dans un pays historiquement attaché, comme le note Marco Troiano, à une grande proximité physique de la relation bancaire.

Vincent Vinatier souligne que « l’application de la réforme, à savoir la modification effective des statuts, prendra du temps, sans doute près d’un an et demi ». Mais dans l’esprit des banques coopératives, « les jeux sont faits, un certain nombre de combinaisons sont déjà à l’étude pour éviter un prédateur ». « Le scénario central du marché est celui d’une union entre UBI Banca et Banco Popolare », assure Alain Tchibozo, analyste chez Mediobanca à Londres, selon lequel « les discussions ont bien sûr déjà débuté en coulisse ». Cette opération, « conséquence directe de la réforme engagée et qui pourrait donner l’exemple », serait une source potentielle d’« importantes synergies ». L’analyste, qui relève que le rendement des fonds propres (RoE, return on equity) des banques coopératives navigue entre 5 % et 7 %, estime que le mouvement pourrait porter ce ratio, d’ici deux ans seulement, au-delà de 10 %, « si tout se passe bien ». Les deux géants bancaires transalpins, Intesa et UniCredit, ne semblent pas devoir se mêler à la bataille, du fait notamment des recoupements induits en termes de parcs d’agences, selon Alain Tchibozo. « Intesa en aurait les moyens mais préfère donner la priorité au dividende et à certains domaines à l’international comme la banque privée », remarque Marco Troiano, qui assure qu’« UniCredit n’est pas en situation de jouer un rôle actif du fait de sa position en capital ».

Quant aux acteurs étrangers, « ils attendront probablement de voir les effets de la réforme avant d’éventuellement se positionner ». Pour Gilles Guibout, leur intérêt « pourrait particulièrement se porter sur Banca Popolare di Milano, dont l’activité est concentrée sur la très riche région de Lombardie ». Et si Santander par exemple, selon Vincent Vinatier, « est toujours à l’affût d’opportunités, certains éléments techniques limitent encore les opérations transfrontalières, comme la non-fongibilité internationale des capitaux prônée par les régulateurs ». Les fonds d’investissement en revanche pourraient bien se monter « très actifs pour des prises de participations de quelques pourcents », mise Alain Tchibozo. Dès lors, ce dernier veut croire que « le thème de la consolidation constitue un puissant facteur attendu de revalorisation boursière du secteur bancaire italien de la part des analystes ». Face à Intesa Sanpaolo dont la capitalisation représente 1,1 fois la valeur nette comptable (et alors que ce ratio price to book pâtit côté UniCredit, à 0,7, d’une position de capital moins confortable et d’une situation délicate en Russie), les banques coopératives devraient bénéficier d’une nette impulsion « dès que des pourparlers de rapprochement seront officialisés ». Au regard de multiples de 0,6 aujourd’hui pour UBI, Banco Popolare ou Credito Valtellinese, de 0,7 pour Banca Popolare dell’Emilia Romagna, qui pourraient « très rapidement passer à 0,8 (un niveau déjà atteint par Banco Popolare di Milano, NDLR) ou 0,9 », l’analyste observe que « nombre de valeurs disposent ainsi d’un potentiel de gain de 20 % à 30 % d’ici fin 2015 ».

Le cas Monte dei Paschi

Cette euphorie ne peut toutefois faire oublier ce qui reste « le grand défi pour les banques italiennes », à savoir les créances douteuses. La situation sur ce front n’est pourtant pas désespérée, l’analyste de Mediobanca pressentant « un fort effet de levier positif sur les résultats au gré d’un scénario macroéconomique plus favorable ». Et Gilles Guibout de préciser que si les banques italiennes trainent un fardeau de créances douteuses, la mauvaise passe « est davantage conjoncturelle que structurelle, liée au niveau d’activité industrielle ». Or « depuis quelques mois, rappelle le gérant, les conditions de financement s’améliorent, le crédit redémarre doucement ». Dans ce contexte, le projet de bad bank publique récemment lancé par le gouvernement « arrive un peu tard, il aurait dû se mettre en place il y a cinq ans », regrette Vincent Vinatier. Pour l’autre gérant d’Axa IM, le projet « intéresse avant tout Monte dei Paschi di Siena », qui après cinq appels au marché depuis le rachat d’Antonveneta en 2008, dont un de 5 milliards d’euros en juin dernier, « affiche aujourd’hui une capitalisation inférieure à 3 milliards et doit absolument se délester de ces créances douteuses ». Surtout, il « ne résout pas les racines du problème », selon Marco Troiano, qui met en exergue les freins réglementaires historiques et notamment fiscaux à un juste provisionnement ou à la cession de créances. Les initiatives privées sont de fait attendues pour prendre le relais.

La mise en œuvre d’une bad bank semble pourtant bien être l’unique issue pour Monte dei Paschi selon Alain Tchibozo, qui assure que la banque siennoise « reste un cas à part, techniquement proche de la faillite et souffrant d’une très mauvaise visibilité ». L’analyste évoque un scénario « à l’image du sauvetage du Crédit Lyonnais en France il y a plus de vingt ans », qui permettrait de « porter les créances douteuses, essentiellement issues des PME italiennes », et de préserver « la très belle banque de détail qu’est Monte dei Paschi, qui capte des dépôts et pourrait intéresser des prétendants ». Incontournable consolidation, décidément.

3 milliards d’euros, c’est le montant de l’augmentation de capital attendue par Monte dei Paschi d’ici fin juin
Le talon d’Achille de BNP Paribas

BNP Paribas présente l’Italie comme l’un de ses marchés domestiques en banque de détail, au même titre, outre la France, que la Belgique et le Luxembourg. Banca Nazionale del Lavoro (BNL) y a certes engrangé en 2014 un produit net bancaire de 3,2 milliards d’euros (8 % de l’activité du groupe). Un chiffre pourtant en repli de 0,6 %, BNL devant « poursui[vre] l’adaptation de son modèle commercial dans un contexte encore difficile ». En clair, se montrer plus sélective, la production de crédit reculant sur l’exercice écoulé de 2,2 % (+1,4 % pour les particuliers, -5,3 % côté entreprises). Pis, le coût du risque n’en a pas moins progressé, à 1,4 milliard ou 179 points de base (pb) des encours de crédit (150 pb en 2013). Le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, a pourtant observé « une baisse des entrées en défaut fin 2014. C’est le signe que cela commence à s’améliorer ». Le dirigeant reste par ailleurs prudent sur le thème de la consolidation, rejetant à nouveau une hypothèse dénuée de pertinence d’un rachat de Monte dei Paschi.

Banca Popolare di Milano, une cible de choix

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