Dossier Finance alternative

Le microcrédit, outil d’insertion sociale et d'inclusion bancaire

le 01/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Encore méconnu, ce prêt accompagné a déjà permis à des milliers de personnes de créer leur entreprise et de se réinsérer.

Fin 2012, les microcrédits professionnels atteignaient près de 875 millions d’euros d’encours pour plus de 147.000  prêts attribués, selon l’Observatoire de la microfinance qui réalise chaque année depuis 2008 un état des lieux et en étudie l’impact. Pour Michel Camdessus, président de l’observatoire, « les résultats qualitatifs indéniables illustrent la pertinence d’actions convergentes entre acteurs issus de la sphère bancaire et du secteur associatif et social pour promouvoir des solutions adaptées à des situations de fragilité financière, dans un contexte sécurisé par un dispositif de garanties publiques. » En clair, le microcrédit ne représente pas une concurrence pour l’activité bancaire mais comble au contraire un manque, là où les banques ne parviennent pas à offrir seules un service adapté à des clients considérés comme trop risqués ou insuffisamment rentables.

Il sert en outre un but social d’insertion, c’est pourquoi il est sécurisé par le Fonds de cohésion sociale géré par la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations). Les principaux acteurs du microcrédit sont donc des organismes spécialisés dans l’étude des dossiers d’entrepreneurs au chômage ou en situation difficile, comme France Active, Initiative France ou encore l’Adie, Association pour le droit à l’initiative économique rendue célèbre par Maria Nowak, sa fondatrice. Leur principe d’intervention repose sur une évaluation technique et financière des projets et sur un accompagnement durant la phase de création de l’entreprise, puis au démarrage de l’activité, voire durant les deux ou trois années suivantes. Le financement s’effectue sous forme de microcrédit classique, de prêt d’honneur (à taux zéro et constituant des quasi-fonds propres) ou dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel accompagnement pour la création ou la reprise d’entreprise) institué par les pouvoirs publics avec la CDC, qui poursuit un objectif supplémentaire de bancarisation du porteur de projet.

Quelle que soit leur forme, ces prêts sont aussi souvent des déclencheurs pour l’obtention de crédits bancaires complémentaires. Ainsi, les prêts Nacre accordés en 2012 par France Active ont permis de faire levier sur 143,4 millions d’euros de prêts bancaires. Chez France Initiative, les 14.856 prêts d’honneur octroyés pour 123,9 millions d’euros ont généré 914 millions d’euros de prêts bancaires classiques, soit un effet de levier de plus de huit. L’Adie, qui cible en priorité les personnes percevant les minima sociaux, a distribué depuis sa création il y a vint-cinq ans  119.000 microcrédits jusqu’à fin 2012 pour un montant de 288 millions d’euros, ce qui a permis le financement de plus de 110.000 entreprises.

Demande « croissante et structurelle »

« Notre activité en 2013 a crû de 12 % par rapport à 2012 et l'année 2014 se poursuit au même rythme, estime Emmanuel Landais, directeur général de l’Adie. C’est l’indicateur d’une demande croissante et structurelle de financement qui n’est pas couverte par les banques. Nous tentons d’y répondre par une approche économique stricte de la viabilité du projet et par une évaluation des capacités entrepreneuriales et commerciales du porteur de projet. Un conseiller Adie formé spécifiquement met en place le prêt et accompagne ensuite l’entrepreneur. » Les prêts de 3.500 euros en moyenne (mais qui peuvent aller jusqu’à 10.000 euros) financent à 40 % des petits commerces, à 26 % des activités de service, à 9 % des activités liées au bâtiment et à 7 % des entreprises de restauration, d’artisanat ou de transport. « Le taux de pérennité à trois ans s’établit à 58 %, au même niveau que la moyenne nationale des créations d’entreprises, ce qui prouve que réussir est possible même sans diplôme à condition d’être accompagné », précise Emmanuel Landais.

Malgré un engouement certain, le microcrédit manque encore de notoriété et de financements, notamment pour renforcer l’accompagnement réalisé par des bénévoles. Et l'équilibre économique n'est pas encore là. Le coût moyen d’un microcrédit octroyé par l’Adie est de 1.600 euros par création d’entreprise, coût qui n’est pas amorti par les intérêts des prêts, à 7,74 % en moyenne. 

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